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Le blog de Sylvie Sagnes

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"sauveur"

Pêle-mêle de livres pour les petits (106)

Un drôle de truc pas drôle de Giulia Sagramola (Rouergue)

Ça se passerait comment si nos petites et grandes contrariétés se matérialisaient et nous accompagnaient toute la journée ? C’est ce que vit cette petite fille, qui remarque un jour une sorte de pelote d’un fil noir tout embrouillé qui refuse de la lâcher une seule seconde. Bientôt elle note également qu’elle n’est pas la seule à devoir transporter ça avec elle, elle constate que tout le monde, et même ses meilleurs amis, en sont chargés. Puisqu’on ne peut y échapper, autant aller voir de plus près de quoi c’est composé… Une allégorie (transparente) de tous nos « drôles de trucs » et une piste pour faire avec, on est preneur à tout âge ! L’album s’adresse ici aux enfants à partir de 5 ans et les guide avec son dessin tout simple et très concret.


Un appétit d’éléphant d’Éric Battut (Didier Jeunesse)

Une araignée tisse sa toile. Un éléphant la trouve parfaite pour faire de la balançoire ! Dame Araignée va alors pas-à-pas le préparer pour son repas, car elle a très très faim… Oh que c’est réjouissant ce beau sens de l’absurde, il faut voir notre petite dame faire sauter le très gros monsieur Éléphant à la poêle d’un tour de main très sûr, tandis qu’il apprécie la séance de trampoline ! Bien sûr, quand il s’agit de manger réellement, il ne se laisse pas faire. Mais sur un malentendu, il est toujours possible de voir éclore la plus belle des amitiés… Tout fonctionne dans cet album, le dessin, les contrastes, l’humour. Superbe ! Dès 2 ans.


Pierre et la sorcière de Gilles Bizouerne et Roland Garrigues (Didier Jeunesse)

Parution en format poche (collection les P’tits Didier) pour ce conte flamand raconté par le conteur (quel beau métier !) Gilles Bizouerne (avec le concours littéraire de Céline Murcier). On y suit le petit Pierre, un joyeux et téméraire petit garçon que son bon coeur met en danger. Deux fois. Bientôt trois… Ça remue, ça déménage, c’est effrayant à hauteur d’enfant et c’est violent aussi (pas trop) : tout ce qu’il faut pour exorciser quelque terreur informulée qui traînerait par là. Les illustrations, couleurs ardentes et encre de chine, sont riches et super belles. Un indispensable dans toute bibliothèque ! Dès 4 ans.


Sauveur & fils saison 5 de Marie-Aude Murail (L’école des loisirs)

« Pour faire la fête, expliqua Evelyne à son neveu, que cette abondance stupéfiait, il ne faut pas qu’il y a beaucoup, il faut qu’il y a TROP ! » : Cette saison 5 c’est ça, une fête. Donc il y a trop. Et c’est aussi ce qui fait que c’est réussi ! Nous retrouvons tous nos personnages chéris et adorés deux ans plus tard, et ça n’arrête pas une seconde. Cyber-harcèlement, famille recomposée, transgenre… des sujets difficiles faisant largement écho à une actualité récente, sorte de melting-pot un poil excessif, éteignent peu à peu la véracité et la vivacité des personnages. Louise, notamment, perd ses contours et je me suis demandée où et qui elle était, je n’y croyais plus du tout. Heureusement sa fille éclate, elle, d’humour et de fougue et évidemment, on ne décroche pas de ces 310 pages, toujours aussi plaisantes à lire. Vivement la saison 6 ! Dès 13 ans.


Laissez-moi tranquille… de Galia Bernstein (Nathan)

Où nous faisons la connaissance de Leyla, une petite babouine hamadrya – enfin, un singe femelle de la famille des babouins hamadryas, je ne sais pas si on dit babouine, en fait ?… Quoi qu’il en soit Leyla a une trrrrès grande famille, et ils vivent tous ensemble. Elle n’en peut plus d’être sans cesse câlinée et tout ça (sa vie est dure, non ?….). Elle fera un jour la connaissance d’un lézard qui lui apprendra un truc de dingue : faire RIEN. Tout est sympathique dans cet album destiné aux 3 ans et plus, jusqu’à la postface, explicative et mignonne. On valide ici !


Denise et moi de Barroux (Seuil Jeunesse)

Pour son anniversaire, le petit héros de cet album est content, très content. Il reçoit de très beaux cadeaux, et notamment une plante qui s’appelle Denise. Comme il est très occupé, il demande à un peu tout le monde de l’aider à en prendre soin : sa soeur quand il doit sortir, sa grand-mère quand il ne trouve pas sa soeur, etc. Mais au fur et à mesure, il ne trouve plus personne, Denise est seule. Seule ? Vraiment ? Surprise final en pop-up qui éclate hors des pages pour un album très réussi, mêlant humour et un délicieux zeste de frayeur *pourdefaux* (les meilleures). Dès 3 ans.


Tape dans ma patte ! de Dorothée Copel, Céline Murcier et Marie Novion (Didier Jeunesse)

On poursuit la découverte de la collection « À petits petons » avec ce conte russe revisité : Papa ours doit aller pêcher pour donner à manger à ses oursons mais à peine a-t-il le dos tourné qu’ils font des bêtises. Il lui faut quelqu’un pour les garder ! Il embarque une fournée de délicieux gâteaux maison et le voilà en route avec sa troupe. À chaque baby-sitter potentiel rencontré, il promet les gâteaux mais s’enquiert avant de leur conception de la garde d’enfants. Aucun candidat ne convient ! Aucun, jusqu’à… Adorable jusque dans les détails, avec beaucoup de bonne humeur dans le texte (onomatopées, répétitions…). Dès 3 ans.


Kiki en promenade de Marie Mirgaine (Les Fourmis Rouges)

Julien promène son chien. Mine de rien, sa promenade l’emmène dans un sacré périple, il faut le voir grimper, enjamber la mer, gravir des rochers, des murs, j’en passe, le tout sans sembler même s’en apercevoir, dans la plus grande des facilités et des indifférences : premier indice du côté vaporeux du truc… Conte de randonnée par excellence, « Kiki en promenade » possède ce petit truc qu’on a ou pas, cette grâce jouant des codes de l’absurde et de l’imaginaire pour jeter un trouble délicieux dans les esprits. Au départ, oui, c’est bien Kiki qui se promène avec Julien. Mais il est vite remplacé, par des animaux aussi incongrus que disparates. Ah oui ? Vraiment ? A lire, relire et observer encore, tant l’ensemble est fascinant et les illustrations, à base de collage et de couleurs tranchées, apportent encore à la douce confusion de nos sens. Dès 4 ans.

 

« Maman est parfaite, alors que moi, c’est moins le cas. »

Et la lune, là-haut de Muriel Zürcher
Éditions Thierry Magnier 2019, 332 pages

Ce roman est un compte-à-rebours, un décompte de dix au décollage. 10, on rencontre les deux héros, Alistair et Yaro. Neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un, on passe avec eux par toutes les émotions. Puis on décolle, tous ensemble ! Qu’est-ce que ça fait du bien, un roman destiné aux ados (dès 13 ans) qui ravit tout autant les (grands) adultes ! J’ai pensé au Sauveur de Marie-Aude Murail, pour la manière dont tout s’imbrique parfaitement, comme dans une vie totalement idéalisée forcément, mais avec tellement de bonne humeur et de bienveillance qu’on en redemande. Alistair est un jeune adulte inadapté, mais il y a une raison à ceci et pas celle à laquelle on pense spontanément. Yaro est un débrouillard que la vie n’a pas du tout gâté. Leur rencontre aurait pu très mal tourner, elle se révélera plutôt miraculeuse. On parle ici de maths, de viser la lune, de sans-papiers, de mère (gravement) abusive (même animée par des intentions compréhensibles), de chien, chat, poisson rouge, j’en passe, on parle surtout de la façon dont nous sommes tous liés et de l’importance du « vivre ensemble ».

Le meilleur de 2018

Dans ce que j’ai lu cette année des parutions 2018, je retiens, nomme et élis :

  1. Clientèle de Cécile Reyboz (d’une justesse parfaite, profondément humaniste)
  2. L’Arbre Monde de Richard Powers (modifie profondément notre vision)
  3. La trilogie de La Terre Fracturée de NK Jemisin (Michelle Charrier) (SF/Fantasy)
  4. Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam (drôle, inventif et si personnel)
  5. Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu (Un Prix Goncourt très mérité)
  6. Idaho d’Emily Ruskovich (Simon Baril)(fulgurant, lancinant, qui reste durablement en tête)
  7. Bratislava 68, été brûlant de Viliam Klimàcek (Richard Palachak et Lydia Palascak) (Touchant et éclairant)
  8. Brexit Romance de Clémentine Beauvais (Merveilleux jeu avec les langues)
  9. La nouvelle vie de Kate Reddy d’Allison Pearson (Julie Sibony) (meilleur constat de la cinquantaine jamais lu – et tellement drôle)
  10. La fourrure blanche de Jardine Libaire (Christine Barbaste) (une histoire d’amour originale et prenante)

En littérature Jeunesse :

  1. Bons baisers de Paris de Francesco Acerbis et Arianna Tamburini (Beauté pure, des cartes postales, de l’inventivité)
  2. Japon, à pied sous les volcans de Nicolas Jolivot (un carnet de voyage exceptionnel)
  3. Sauveur & Fils saison 4 de Marie-Aude Murail (drôle, tendre, contemporain, addictif)
  4. La Vérité sur les habitants des autres planètes de Julien Baer et Magali Le Huche (décalé et tellement drôle)
  5. Tout le monde devrait rester tranquille près d’un petit ruisseau et écouter et Une échappée de Bartok Biloba de Lolita Séchan (un vrai coup de coeur pour cet univers)
  6. Cher Dragon d’Emma Yarlett (Françoise de Guibert) (une petite merveille)
  7. L’amour Mon premier livre d’art (texte de Shana Gozansky) (L’art, l’art, l’art !)
  8. Légumes de Bernadette Gervais (j’adore parce que c’est vraiment différent)
  9. Regarde, c’est maman ! d’Emiri Hayashi (très sensible aux illustrations magnifiques de ce livre)
  10. Comme tout le monde de Charlotte Erlih et Marjolaine Leray (une super chouette ode à la différence !)

Et vous ?

« Si j’hésite à lire mon journal intime, c’est que j’ai peur d’y trouver, noir sur blanc, ma connerie. »

En nous beaucoup d’hommes respirent de Marie-Aude Murail
L’Iconoclaste 2018, 425 pages

« Le Havre que j’avais oublié, que j’avais méprisé, Le Havre brisé, Le Havre martyrisé, mon Havre de vent, de pluie, de grâce, mon Havre cubiste sous des ciels impressionnistes, qu’on doit peindre ou filmer pour l’aimer, Le Havre est la plus belle ville de ma vie. »

Marie-Aude Murail est née au Havre (ville que j’adore). Je l’ignorais. En fait, je ne savais absolument rien d’elle ni de sa vie, en dehors d’avoir aperçu une fois ou deux sa photo en miniature au dos d’un livre ou sur un bandeau peut-être, une petite frimousse sous un béret. Ce que je savais très bien en revanche, c’est l’immensité du plaisir que ses livres m’apportent. L’affection folle que je ressens pour Miss Charity, la manière dont le monde s’estompe quand j’ouvre un volume de la série Sauveur & fils, les pleurs que j’ai versés sur la mort de Dickens dans la biographie qu’elle lui a consacré, de tout ça je lui suis redevable et par conséquent, c’est avec entrain que j’ai ouvert ce livre de mémoire. A partir des documents trouvés en vidant la maison de ses parents, Marie-Aude Murail retrace l’histoire de sa famille et partage leurs écrits et correspondances. Elle se raconte à travers tout ça et c’est passionnant. Evidemment parce qu’elle est une autrice de grand talent, mais aussi parce qu’elle fait preuve dans ce livre d’un grand courage et aborde des sujets réellement intimes. Avec pudeur et tact, mais sans dérobades. Un livre fabriqué de plus avec beaucoup de soin, joli papier, délicate couverture, de nombreuses photos et extraits de lettres reproduits, un formidable travail de mémoire, un portrait de femme accomplie, énormément d’amour, un superbe cadeau.

Quelques extraits pour le plaisir (j’aurais pu en citer tellement d’autres encore !)

« « Pourquoi vous êtes devenue écrivain ? » Chaque fois que je vais à la rencontre de mon public, je n’y coupe pas. Dans une même journée, je peux faire quatre réponses différentes.

Implacable avec les CE2 : « Mon père écrit, ma mère écrit, ma soeur écrit, mon frère écrit, ma belle-soeur écrit, ma nièce écrit. Je fais quoi ? Pharmacienne ? »

Laconique avec les CM2 : « J’écris pour être lue. » Inspirée d’Aragon avec les cinquièmes : « Je croyais choisir et j’étais choisi(e). »

Sublimée pour les troisièmes : « Je n’arrivais pas à toucher les autres, j’étais comme dans le conte « La Jeune Fille sans mains ». Puis je me suis aperçue qu’avec les mots je pouvais toucher les autres. »

Le lendemain, pour ne pas lasser la personne qui m’accompagne dans ma tournée, je peux servir la version bad guy : « Mon éducation m’avait laissé croire que seuls les hommes avaient le droit de créer, mais ma petite soeur m’a prouvé le contraire en se faisant publier très jeune, et son premier roman, Escalier C, a eu beaucoup de succès, on en a fait un film. Je ne pouvais plus la voir en peinture. De rage, j’ai écrit mon premier roman. La jalousie, c’est de l’essence dans votre moteur. »

Ou la version petite fille modèle : « Pour maman, il y avait Dieu et juste au-dessous, il y avait les artistes. Je voulais que maman m’aime. Je ne pouvais pas faire Dieu. J’ai fait écrivain. » »

« Je suis peut-être devenue écrivain comme je suis devenue lectrice. Pour posséder, mais sans remuer trop d’air. »

 

« Par une de ces boucles temporelles que la vie nous réserve quand nous vieillissons, je me suis retrouvée ce jeudi au CDI du collège Charlemagne, dans le IV° arrondissement de Paris, face à la classe de madame Bouaziz, qui fut la professeure de français de mon fils aîné en sixième et a cette année pour élève l’une de ses filles. Sur le mur du collège, avant d’en franchir le portail, j’ai pu lire cette déclaration tracée à la bombe par quelque ado no future : « En raison de l’indifférence générale, demain a été annulé », ce dont j’ai fait part aux petits sixièmes de madame Bouaziz. « Y a pas piscine alors ? » s’est prise à espérer une rouquine de 11 ans. Je crois que je les aime toujours autant. »

« Je ne savais pas aligner deux phrases d’anglais et je ne connaissais qu’un chargé de TD en Sorbonne. Qu’à cela ne tienne, j’avais mon sujet : DICKENS ! Je réussis à m’introduire, je ne sais plus comment, au domicile d’un grand spécialiste dickensien, monsieur Monod, traducteur de son œuvre dans la Pléiade. Je débarquai chez lui en pleine réception de la Dickens Fellowship, vieux messieurs nostalgiques de la Merry England et demoiselles défraîchies, rêvant de porter des toilettes victoriennes. Monsieur Monod fut un peu déstabilisé par ma flamme pour le romancier anglais, que j’appelais « my heavenly father », et guère convaincu par ma préférence affichée pour Our Mutual Friend. Je lui soutirai tout de même une lettre de recommandation et fus reçue au British Council, où j’emballai mon interlocuteur avec mon baragouinage enthousiaste. Thanks God, les anglais sont sentimentaux. »

 

« Je lui porte son manteau. Je lui porte son cartable. Je lui cire ses chaussures. Je lui range ses jouets en classant les cow-boys avec les indiens et les orques avec les kobolds. Je suis malade s’il rate son émission de télé, j’ai peur que son équipe de foot ne perde, j’ai envie de pleurer s’il a cassé son révolver, je boite sitôt qu’il a mal aux pieds, je lui sers son déjeuner au lit, je mets des fleurs dans sa chambre quand il s’est absenté, j’écoute ce qu’il me dit comme si des oracles me tombaient sur la tête, et c’est grave s’il n’a pas eu son goûter. Ce n’est plus de l’amour. C’est de la religion. »

Le meilleur du premier semestre 2018

Dans quelques jours les six premiers mois de 2018 seront derrière nous. Avant d’entamer la rentrée littéraire de septembre (que j’attends avec impatience) (j’ai déjà commencé un peu mais chut), faisons le point sur les meilleurs livres lus en ce début d’année :

  1. Idaho d’Emily Ruskovich (Simon Baril) (fulgurant, lancinant, qui reste durablement en tête)
  2. Clientèle de Cécile Reyboz (d’une justesse parfaite, profondément humaniste)
  3. La nouvelle vie de Kate Reddy d’Allison Pearson (Julie Sibony) (meilleur constat de la cinquantaine jamais lu – et tellement drôle)
  4. La porte de cristal de NK Jemisin (Michelle Charrier) Les livres de la Terre Fracturée 2. (une trilogie SF à ne pas rater, un deuxième tome aussi bon que le 1er)
  5. Futurs parfaits de Véronique Bizot (volutes et spirales, addictives nouvelles)
  6. Comme le cristal de Cypora Petitjean-Cerf (j’adore Cypora Petitjean-Cerf)
  7. Marx et la poupée de Maryam Madjidi (Lauréate du Prix Hors-Champ 2018, mérité !)
  8. J’apprends le français de Marie-France Etchegoin (un récit vif, spirituel et édifiant)
  9.  La fourrure blanche de Jardine Libaire (Christine Barbaste) (une histoire d’amour originale et prenante)
  10. VNR de Laurent Chalumeau (un jour, Laurent Chalumeau aura la reconnaissance qu’il mérite, c’est tout le mal que je lui souhaite)

C’est un exercice intéressant que de « trier » ce qu’on vient de lire, avec un peu de recul. On s’aperçoit qu’à part quelques évidences, il est difficile d’élire l’un plutôt que l’autre, dans le nombre de ce qu’on a aimé. Dans ces cas-là, je fais confiance à ma mémoire émotionnelle, et c’est ce qui reste de mes impressions qui compte.

Grande tristesse de ce semestre : la mort de Philip Roth.

En Jeunesse, mes préférés sont :

  1. Bons baisers de Paris de Francesco Acerbis et Arianna Tamburini (Thierry Magnier) (Beauté pure, des cartes postales, de l’inventivité)
  2. Japon, à pied sous les volcans de Nicolas Jolivot (HongFei) (un carnet de voyage exceptionnel)
  3. Sauveur & Fils saison 4 de Marie-Aude Murail (drôle, tendre, contemporain, addictif)
  4. Dingosaures de Raphaël Fejto (Ecole des loisirs, Loulou & cie) (J’en ris encore !)
  5. Comme tout le monde de Charlotte Erlih et Marjolaine Leray (Talents Hauts) (une super chouette ode à la différence !)
  6. La piscine d’Antonin Louchard (Seuil Jeunesse) (J’adore Antonin Louchard et particulièrement son petit lapin grognon)
  7. La Vérité sur les habitants des autres planètes de Julien Baer et Magali Le Huche (Les Fourmis Rouges) et Olive et Léandre d’Alex Cousseau et Janik Coat (Les Fourmis Rouges)  (en fait « Les Fourmis Rouges » ça suffit : tout est bon ! Achetez ! Lisez !)
  8. Fruits et légumes de Nathalie Seroux (De La Martinière Jeunesse) (beauté de ce livre !)
  9. Une super histoire de cow-boy de Delphine Perret (Les Fourmis Rouges) (oh, encore eux !)
  10. Regarde, c’est maman ! d’Emiri Hayashi (Nathan) (très sensible aux illustrations magnifiques de ce livre)

Autant j’ai eu du mal à en trouver dix en littérature adulte (j’ai moins lu ces six derniers mois, et en choisir un plutôt qu’un autre était ardu, j’en ai aimé plusieurs sans les considérer pour autant comme étant meilleurs que les autres…), autant en littérature Jeunesse n’en prendre « que » dix était immensément difficile (je triche un peu d’ailleurs en en regroupant deux des Fourmis Rouges). Beaucoup de coups de cœur dans cette catégorie ! Et des vrais de vrais !

Et vous ?

« Rien ne perturbe davantage qu’une froide méchanceté où se glisse une mince part de vérité. »

Sauveur & Fils saison 4 de Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs 2018, 299 pages

« Tu sais c’est quoi, mon jour préféré ? lui demanda-t-il. Tu sais pas ? C’est le mardi.
– J’aurais cru que c’était le mercredi, parce que tu dors chez Lazarre.
– Le mercredi, c’est le jour que je préfère en vrai, mais ça passe trop vite. Le mardi, c’est le jour où j’attends, et ça passe lentement, mais je suis content parce que je pense que le lendemain, c’est mon jour préféré.
– C’est toute une philosophie, commenta Louise.« 

C’est trop bon, Sauveur & Fils. Il n’y a rien à dire de plus, si vous avez déjà lu ne serait-ce qu’une des saisons précédentes, vous savez, sinon, allez vite vite chercher la saison 1, enchaînez avec la deuxième, puis la troisième, et enfin sautez sur place en poussant des petits cris parce que la quatrième est enfin en librairie et que vous pensiez que ça s’arrêtait à la troisième. C’est trop bon, c’est tout. C’est la vie telle qu’elle se déroule exactement en ce moment quelque part pour quelqu’un, contemporain par excellence et en même temps, bien sûr, totalement hors du temps. C’est Dickens et Star Wars, c’est une institutrice animée des meilleurs intentions mais un petit peu à la ramasse tout de même, une ado en pleines montagnes russes émotionnelles, des gens qui vont mieux, d’autres qui vont mal, des questions qui se posent et d’autres qui se taisent, enfin des vrais cochons d’Inde, de l’amour partout et quelques répliques cultes (sans oublier des notes de bas de pages hilarantes). Trop bon, quoi. (Prétendument pour les 12-15 ans, mais j’en ai 50 et J’A.d.O.r.E.)

La lettre de Noukette à Sauveur.

« Il lisait comme boivent les poules, relevant souvent la tête pour faire couler. »

Le meilleur du premier semestre 2017

Dans quelques jours les six premiers mois de 2017 seront derrière nous. Avant d’entamer la rentrée littéraire de septembre (que j’attends avec impatience), faisons le point sur les meilleurs livres lus en ce début d’année :

  1. La toile de Sandra Lucbert
  2. La daronne d’Hannelore Cayre
  3. L’homme est un dieu en ruine de Kate Atkinson
  4. Seules les bêtes de Colin Niel
  5. Deux enfants du demi-siècle de Charles Nemes
  6. Ce qui gît dans ses entrailles de Jennifer Haigh
  7. Nouvelles définitions de l’amour de Brina Svit
  8. Bêtes féroces, bêtes farouches de Karen Köhler

C’est un exercice intéressant que de « trier » ce qu’on vient de lire, avec un peu de recul. On s’aperçoit qu’à part quelques évidences (La toile est une fulgurance, La daronne s’impose toute seule), il est difficile d’élire l’un plutôt que l’autre, dans le nombre de ce qu’on a aimé. Dans ces cas-là, je fais confiance à ma mémoire émotionnelle, et c’est ce qui reste de mes impressions qui compte. Quand j’ai terminé L’homme est un dieu en ruines, j’aurais donné n’importe quoi pour rencontrer Kate Atkinson tellement ce qu’elle écrit me réjouit; Seules les bêtes m’a complètement impressionnée, c’est du polar et c’est bien autre chose en même temps; Deux enfants du demi-siècle c’est l’élégance, aussi bien dans le style quand dans l’histoire racontée; Ce qui gît dans ses entrailles est un grand roman américain, dans la tradition du genre et en phase totale avec notre époque; Nouvelles définitions de l’amour m’a confortée dans mon amour des Nouvelles et fait découvrir Brina Svit dont je compte explorer l’oeuvre, et enfin Bêtes féroces, bêtes farouches est un vrai coup de coeur, une lecture qui donne envie de manifester son allégresse à chaque page tellement c’est BON.

En Jeunesse, mes préférés sont :

  1. Moi, Albert, détestateur de livres d’Ingrid Chabbert et Guridi (pour le thème)
  2. Voilà l’hiver de Pauline Kalioujny (pour le magnifique travail de linogravure)
  3. La soupe aux frites de Jean Leroy et Ella Charbon (pour l’humour)
  4. Paco et Vivaldi de Magali Le Huche (meilleure série musicale ever)
  5. Monsieur Emile et petit Tom d’Anne Isabelle le Touzé (pour son imagination)
  6. Sauveur et fils de Marie-Aude Murail (les 3 saisons) (pour tout)
  7. Contes pour les petits de Lesley Sims (pour la modernité)
  8. Max et Lapin d’Astrid Desbordes et Pauline Martin (série parfaite pour les 2 ans)
  9. C’est quoi un enfant ? de Béatrice Alemagna (pépite !)
  10. A quoi rêves-tu bébé ? de He Zhihong (somptueuses peintures sur soie)
  11. Bébé va au marché d’Anituke et Angela Brooksbank (pour sa gaieté)

Et vous ?

« Transfert, contre-transfert, je gère. »

« C’est quoi le confort, mon gars ? C’est une table de nuit avec un verre pour mettre ton dentier ! J’ai pas besoin de confort : j’ai pas de dentier. »

Sauveur & fils saison 3 de Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs, 2017, 311 pages

Ouh ça sent le tome final, avec la liste de recommandations culturelles à la fin et tout, et même si au départ c’était supposé être un roman unique et qu’on a de la chance d’avoir obtenu une trilogie, on ne peut pas s’empêcher d’espérer une suite, tant on n’a vraiment pas envie de quitter cet univers. Beaucoup d’émotion, dans ce troisième opus. D’abord on tremble pour Gabin depuis qu’il a projeté ce concert au Bataclan (depuis la saison 2), parce qu’on sait tous bien sûr ce qui s’y est passé, mais Marie-Aude Murail sait qu’on sait – elle sait même qu’on sait qu’elle sait qu’on sait (vous me suivez ? Sinon faites-lui signe, elle le demande elle-même dans une note de bas de page qui m’a tiré un éclat de rire) – et ne recule pas devant l’obstacle (tout va bien, respirez « Se confronter à la réalité, ce n’est pas se laisser sidérer.»). Ensuite on choisit son camp, un peu, parce que Sauveur exagère tout de même avec Louise (il a beaucoup de chance parce qu’elle est assez exceptionnelle, je dois dire). Enfin on se glisse dans tous les interstices de ce 12 rue des Murlins à Orléans où des trombes d’humanité pleuvent tous les jours de la semaine (et des crêpes le dimanche) « Oui, c’était super fatiguant, mais quel vaste territoire à explorer quand on a treize ans : soi ! ». Impossible à lâcher une fois commencé, beaucoup de sourires, quelques yeux qui piquent, un coeur qui déborde en tournant la dernière page. C’était bien !

« Il n’y a qu’une façon de dire oui, c’est oui. Tout le reste veut dire non. » (Talleyrand)

« Vous connaissez l’histoire de cette jeune fille très romantique qui avait décidé qu’elle tomberait amoureuse d’un lord anglais dans un champ de marguerites ? »

« – Non.
Comme Sauveur se taisait, elle ajouta :
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Elle est toujours dans le champ de marguerites.« 

Sauveur & fils saison 2 de Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs 2016 314 pages

Si on a lu la saison 1, il est impossible de ne pas avoir envie de poursuivre, à l’inverse on peut tout à fait lire la saison 2 directement, sans se sentir perdu en quoi que ce soit (mais ce serait dommage tout de même), parce que le quotidien de Sauveur Saint-Yves, psychologue orléanais originaire des Antilles est un délice à partager. Loin de tout angélisme Marie-Aude Murail n’hésite pas à le confronter à tout un tas de problématiques très actuelles et à lui faire reconnaître ses limites. On s’attache à absolument tous les personnages et on réagit à toute les situations, dans la gamme du rire aux larmes. A noter les excuses finales pour le cochon d’Inde en couverture du premier tome (il est question de hamsters dans le roman), assorties à leur multiplication sur le deuxième 😉 Le tout est très attachant et on en redemande ! (Préconisé de 12 à 16 ans)

Le meilleur de 2016

Dans ce que j’ai lu cette année des parutions 2016, je retiens, nomme et élis :
1. Les vies de papier de Rabih Alameddine
2. Les cosmonautes ne font que passer d’Eliza Gueorguieva
3. Dernier avis avant démolition de Fabien Maréchal
4. Solomon Gursky de Mordecai Richler
5. Station Eleven d’Emily St. John Mandel
6. Bons baisers de Mesménie de Fabienne Betting
7. Babybatch d’Isabelle Coudrier
8. L’angoisse de la page folle d’Alix de Saint-André
9. Numéro 11 de Jonathan Coe
10. Le Bestiaire fantastique de Mme Freedman de Kathleen Founds

(A noter que je n’ai rien classé en catégorie « Merveille » cette année, ça se mérite une merveille…) Dans les auteurs adorés cette année mais sans parution 2016 : Laurent Chalumeau, John Harvey et Michel Faber, et un must have : « Fidèle à ton pas balancé« , l’anthologie de toutes les nouvelles de Sylvie Lainé présentées par elle-même.

En littérature Jeunesse :

1. Dans mes bras d’Emile Jadoul
2. Ma vie de (grand et parfait) génie incompris de Stacey Matson
3. Rouge de Michel Galvin
4. Des carrés et des formes avec Joseph Albers
5. La clé à molette d’Elise Gravel
6. Sauveur & Fils (saison 1) de Marie-Aude Murail
7. La journée de Nip & Nimp de Lionel Serre
8. Il y a des jours… de Géraldine Elschner, Claire Teyras et Mies van Hout
9. Les mains de papa d’Emile Jadoul
10. BOUH ! Le livre qui fait le plus peur du monde d’Antonin Louchard

« Louise, comment tu peux vivre sans nettoyer tes brosses à cheveux ? »

Murail

Sauveur & Fils (saison 1) – Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs, 2016, 329 pages

« Par déformation professionnelle, Sauveur ne croyait pas aux coïncidences. »

C’est en novembre seulement que paraîtra la saison 2 de « Sauveur & Fils » et ça va ne va pas du tout : quand c’est bon, on veut la suite immédiatement, m’enfin ! « Sauveur & Fils », c’est ce genre de roman qui repousse les limites d’un genre (Jeunesse)* pour accueillir tous ses lecteurs et les faire se sentir chez eux. Partager le quotidien d’un psychologue est une mine pour explorer la notion même de contemporanéité et le ton est parfait : la plume se fait toute légère pour raconter les pires et c’est chaleureux en diable. Empli d’humour, de situations très justes, de personnages que l’on jurerait connaître, on voudrait ne jamais en sortir. Je recommande chaudement !

« Mais il était lâche et il utilisait l’arme des lâches. La haine. »

* D’ailleurs voici ce que l’autrice déclare : « A quelle tranche d’âge s’adresse ce livre ?
Au Salon du livre cette année, je n’ai vu que des adultes ! Mais ce sont ceux qui ont grandi avec les livres de l’école des loisirs et qui assument complètement de me lire encore. Et cela peut être intéressant pour eux d’ailleurs de voir ce qu’est la jeunesse d’aujourd’hui.
Dans mon livre, il y a aussi des personnages de parents, qui sont faillibles, attachants ou perturbateurs et j’ai envie de montrer ça aux enfants. Dans la deuxième saison je vais montrer par exemple une femme hyper possessive qui conduit son fils à la violence. Mais pour répondre à votre question, le texte est très accessible, il peut être lu à partir de douze-treize ans.« 

Oh et ceci ! : « Comment arrivez-vous à jongler avec tous ces nombreux personnages ?
J’arrive à m’y retrouver parce que j’ai lu Dickens. Dickens fait parfois parler plus de cent cinquante personnages, et on s’y retrouve forcément car il force le trait pour chacun. Il les type énormément, parfois jusqu’à la caricature : un phrasé, une attitude, un tic de langage, ce qui fait que l’on sait toujours qui parle. Les personnages sont toujours recadrés dans leurs dialogues et j’avais déjà expérimenté ça dans Vive la République ! (Pocket). Je savais que ça fonctionnait. »

Mais tout est à lire chez Nathalie Riché.

 

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