Nos espérances d’Anna Hope
Gallimard, Du Monde Entier 2020, 368 p.
Traduit de l’anglais par Élodie Leplat

« Elle pense aux livres qu’elle lisait enfant; toutes ces tantes célibataires, les dessins illustrant les lunettes, les poils au menton, la bonne humeur, la gaieté. Toujours dans des fauteuils. Toujours dans un coin. À une époque elle était au centre des choses. Aujourd’hui elle rase les murs. »

« Juste un peu trop lisse peut être », disait Cathulu, mais aussi « bon gros roman confortable et chaleureux », et c’est très juste. Quelle est la frontière, qu’est-ce qui fait pencher la balance, comment reconnaît-on un roman oh bof d’un oh vite que je le retrouve ? Pour moi, c’est la sensation de vérité. Je n’ai certes pas retrouvé le côté implacable, imparable de La salle de bal, mais j’y ai cru, complètement. Cru à ces trois femmes si différentes, adhéré à leur amitié de longue date, compris l’une qui comble une solitude, une faille narcissique en trahissant, souffert avec l’autre dans ses tâtonnements de nouvelle maman, espéré en vain avec la troisième. Je les ai suivies jeunes et célibataires, j’ai connu leurs familles, suis partie en vacances avec elles et ai constaté aussi combien la vie peut éloigner malgré soi. Il ne s’est rien passé de fou-fou, on n’a pas non plus révolutionné la littérature, mais pendant quelques heures j’ai été ailleurs (et notamment à Canterbury, que j’adore), et ça fait un bien fou.