Mothercloud de Rob Hart
Belfond noir 2020, 412 pages
Traduit de l’américain par Michael Belano

Dans ce futur pas si éloigné, se tenir simplement dehors en été est devenu impensable et tout le commerce se fait en ligne. Lentement mais sûrement, une société a pris le contrôle de presque tous les plans, ceci impliquant évidemment la faillite de tout système antérieur. Finis, les malls et autres boutiques, terminée l’organisation des villes à la papa. Aujourd’hui, soit vous crevez de chaud dans des rues où on peut presque voir passer les boules de poussières des villes fantômes du far west, soit vous intégrez Cloud. Une fois par mois, un recrutement vous donne une chance d’entrer dans une unité où vous pourrez vous exténuer à une tâche répétitive et dénuée de tout enjeu intellectuel moyennant le droit d’être noté en permanence (attention, la descente à une seule étoile et c’est la porte) avant de manger Cloud et de dormir dans une cage à lapin Cloud. On recommence tous les matins. Pas de caméra (ou très peu), la montre qui ne doit jamais quitter votre poignet suffit amplement à rendre compte de chacun de vos faits et gestes. La climatisation, la fatigue abrutissante et l’inextinguible désir de l’être humain d’être apprécié vous rendent docile et peut-être même plus que ça. Et peu importe, au fond, si comme Paxton vous arrivez avec un ressentiment important, la force de la mécanique Cloud vous mettra au pas. Dans le cas de Zinnia, bien sûr, c’est différent… C’est le premier roman de Rob Hart qui soit traduit en français mais la carrière du monsieur est déjà très impressionnante pour sa petite trentaine d’années. La maîtrise est totale et le suspens efficace, même si l’ambiance suffit en réalité à nous river aux pages. Alternant les voix de deux employés et du big boss, la narration nous plonge au coeur même de la machine consumériste infernale et on aurait tort de n’y voir que le géant du commerce en ligne qui commence par A. Faisons tous très attention à ce que nous désirons, parfois l’obtenir est le pire qui puisse arriver. Ron Howard est en train d’adapter cette histoire pour le cinéma et j’irai voir le film, après avoir relu « Ceux qui partent d’Omelas » d’Ursula K. Le Guin.