L’été où je suis devenue vieille d’Isabelle de Courtivron
L’Iconoclaste 2020, 192 pages

« Je n’ai jamais voulu être esclave du regard et du jugement des autres; lorsque j’étais jeune, je me suis juré de refuser les injonctions de la société. Mais je dois l’avouer : depuis quelques années, je n’ai pas le courage de m’accepter telle que je suis devenue. Mon attitude équivaut à une forme d’autocensure. Décidément, je me déçois beaucoup. »

Je le dis tout net : moi aussi. J’ai demandé ce récit à Babelio, dans le cadre de l’opération Masse Critique, attirée par le sujet (une femme lettrée de 73 ans regarde en face son vieillissement) et tentée par la promesse de son bandeau rouge (je n’apprendrai donc jamais ?…) : « Un récit lumineux et bouleversant ». Et assez vite, j’ai ressenti une forme d’antipathie. Des propos tels que : « Les jeunes galèrent, je le sais, mais ils n’ont jamais connu une autre façon de vivre, ni subi les changements abrupts qui sont de plus en plus difficiles à gérer. J’ai passé l’âge d’aller faire de la permaculture en Bretagne. » me bloquent, c’est plus fort que moi. Je les perçois comme érigeant une barrière hermétique, comme si la personne les proférant s’imaginait un futur forcément apocalyptique où sa condition de personne âgée devrait lui assurer un passe-droit quelconque, une variation de « vous me devez le respect ». Or, n’est-ce-pas là l’argument de ceux qui n’en ont plus ? Malheureusement, je suis un peu primaire et lorsque je me braque, j’ai beaucoup de mal à envisager correctement le reste d’une lecture, aussi bon puisse-t-il être. Pourtant, des bonnes choses, il y en aussi dans ce récit, bien sûr, et elles sont nombreuses d’ailleurs. Par exemple l’évocation du même sujet par quelques rares autrices (très envie de lire Doris Lessing d’ailleurs), ou tout simplement la qualité de la plume, qui sait placer des mots précis sur des sensations jusqu’alors diffuses. Et puis je n’oublie pas cette vérité fondamentale :

« Chaque année, il me fallait de plus en plus d’énergie et de stratégies pour convaincre les nouvelles générations que les livres n’étaient pas inutiles, qu’ils n’étaient pas « vrais » ni linéaires et, surtout, qu’ils ne fournissaient pas de réponses faciles – parfois même pas de réponses du tout. »