La cité des rêves de Wojciech Chmielarz
Agullo 2020, 380 pages
Traduit du polonais par Erik Veaux

« Il se souvenait de la première fois où il avait dû annoncer à des parents la mort de leur enfant. Le garçon avait déjà la quarantaine, les parents, plus de soixante-dix ans, et il avait cru que la tâche serait facile. Il y était allé. Il était arrivé dans un petit appartement bien tenu à Targówek. Il avait annoncé l’évènement aux deux vieux de manière professionnelle, mais avec empathie. Il était reparti très content de lui. Les problèmes apparurent plus tard. C’était l’époque où Ola était enceinte pour la première fois. Il commença soudain à craindre que quelque chose lui arrive. Quand le téléphone sonnait, il ne pouvait s’empêcher de penser que c’était l’hôpital ou un collègue, pour lui annoncer que sa femme était morte. Il avait demandé de l’aide à son père, un médecin d’expérience. Il n’en parlait jamais à la maison, mais Mortka devinait à son visage quand il venait de perdre un patient. Il rentrait à la maison, sombre et renfermé, s’enfermait une dizaine de minutes dans sa chambre, et quand il en ressortait, il affichait à l’inverse une gaieté forcée.
Son père l’avait écouté avant de dire brièvement :
– Tu t’y feras.
Curieusement, cela l’avait aidé. Les crises de panique avaient cessé, et il avait bel et bien fini par s’y habituer. »

Quatrième volet des aventures du Kub, cette cité des rêves est à mon sens le meilleur (à date). Notre inspecteur y enquête sur le meurtre d’une jeune femme et tout le monde se fait rouler dans la farine : lui, nous, même ceux qui croient tenir les rênes. Les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être tout en étant toujours plus simples que ce qu’on pensait. Un meurtre, un(e) coupable, ça c’est simple. Quand deux personnes s’offrent spontanément en coupable désigné(e), ça se complique un peu. Surtout quand de tous côtés on presse le Kub d’en choisir un(e) et d’en rester là… En annexe, on assiste au lent cheminement de Kochan vers un personnage capable de s’amender – ce qui est totalement contre-nature dans la mentalité polonaise. Il a « un peu cogné sa bonne femme » et ne voyait pas vraiment le problème. Relégué aux cas non résolus, il y fait contre toute attente des merveilles et ouvre un peu les yeux sur ses propres démons. Enfin si l’épilogue apporte une réponse il crée surtout une énorme attente et on se frotte les mains par avance pour le volet suivant…