Préférer l’hiver d’Aurélie Jeannin
Harper Collins collection Traversée 2020, 227 pages

« Maman distingue les écrivains et les romanciers. Elle dit que les romanciers savent raconter des histoires. Que ce qui importe aux écrivains, ce sont les mots, leur enchaînement et leur rythme. Ceux qui excellent dans les deux, elle les appelle des auteurs. »

Deux femmes en autonomie (en autarcie ?) dans une cabane au fin fond d’une forêt. L’une y a été élevée, enfin dans une maison un peu plus grande à côté, avant d’aller tâter de la ville quelques temps. L’autre, sa mère, y est revenue après le drame. Toutes deux ont perdu leur fils (l’une son fils et son frère, l’autre son petit-fils puis son fils, dans cet ordre). Elles « sous-vivent » de cette manière, rustique, âpre, difficile, avec leur compagnie mutuelle et les livres. Elles lisent, elles écrivent, elles se lisent des passages, des phrases. Elles vaquent également à toutes les occupations nécessaires à leur subsistance…

« Nous trouvons que commenter les romans les assèchent. »

De la famille de toute cette littérature des vies en marge (un chouïa à la mode en ce moment) (ma référence personnelle demeurant Marlen Haushoffer), « Préférer l’hiver » se démarque par sa profonde mélancolie. Fascinant dès les premières phrases, il impose son propre temps de lecture qui sera nécessairement lent : on ressent le besoin de faire des pauses, de relire, de faire rouler certaines phrases ou passages dans nos recoins.

« Je m’étais juste dit que nous avions tous bien tort d’imaginer nous connaître les uns les autres. Nous sommes des mystères qui font mine de se comprendre pour que le monde tourne à peu près. Au-delà, nous sommes, me semble-t-il, plutôt seuls. »

Intriguant, bien écrit, profond, ce roman trace son chemin dans le coeur et la tête du lecteur.