La vie rêvée des grille-pain de Heather O’Neill
éditions Alto 2017
Traduit de l’anglais par Dominique Fortier

« Elle aurait voulu faire éclore du merveilleux en ce monde. » En ce qui concerne ce recueil de nouvelles, Heather O’Neill a réussi, en tout cas. On entend sa voix forte, dissonante, étonnante, qui crée ou revisite des histoires archi connues en leur rendant discrètement hommage tout en les détournant, les écorchant ou les enveloppant d’atours disparates et toujours inattendus. Comme avec Marie-Madeleine qui raconte son pote Jésus, un gars sympa et tout mais un peu simplet quand même. Ou ce scientifique russe qui, ayant décidé de cloner Noureev, construit une fausse ville russe au Canada et assiste, impuissant, au pouvoir de l’acquis contre l’inné. « Et puis, pour être tout à fait honnête, j’ai toujours aimé les bizarroïdes portés sur l’occulte. Je suis faite comme ça. » Moi aussi, et j’ai été gâtée par l’enchaînement d’univers tous différents, mais aussi tous familiers. Des nouvelles courtes, des plus longues, des joyeuses, des virevoltantes qui semblent dire « on dirait que » et « et après » en saisissant les plus improbables élucubrations que l’on puisse imaginer, mais aussi une jolie forme de poésie, d’innocence même, le tout formant un ensemble un peu discordant mais toujours fascinant. Je n’ai pas tout aimé mais quand j’ai aimé, c’est énormément (comme ce texte très tendre : « L’homme sans coeur », où un junkie traverse à la fois brièvement et très durablement l’existence d’un petit garçon différent. magnifique.) Une autrice que je découvre et qui m’évoque Véronique Ovaldé, pour son imaginaire riche teinté de Fantastique.
.« En réalisant que quelqu’un est amoureux de nous, on peut se voir de l’extérieur, pour une minute seulement. On peut enfin avoir la preuve de notre existence. »