Mazel Tov ! de Margot Vanderstraeten
Presses de la cité 2019, 329 pages
Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin

« Un portier tient la porte à un client orthodoxe d’apparence proprette sortant de l’hôtel les cheveux mouillés. Vous avez pris une douche?  l’interroge le portier pour le complimenter. – Non, pourquoi ? demande le juif, il vous en manque une ? »

Les Schneider engagent Margot pour apporter un soutien scolaire à leurs quatre enfants. Ils se sont rencontrés en 1987, en 2017 ils se voient toujours. Des amis de trente ans, ça n’est pas rien. Pourtant, Margot Vanderstraeten se tient toujours un pas sur le coté de la famille qu’elle appelle ici Schneider (qui n’est pas leur vrai nom), une famille juive orthodoxe moderne. Moderne parce que pas haredim (Craignant-Dieu), pas ultra-orthodoxe, leur observation des règles (principes ? lois ? Je marche sur des oeufs parce que j’ignore les dénominations exactes) n’est pas totale, que certains arrangements sont toujours possibles, madame par exemple ne porte pas la perruque. Orthodoxe cependant, c’est-à-dire soumise à une pratique religieuse stricte, mais immergée dans le monde moderne. Ils vivent à Anvers, ville belge flamande. Margot raconte…
Margot Vanderstraeten est une journaliste qui a déjà écrit plusieurs romans, et qui propose ici un récit qu’on sent maîtrisé. Elle a mené sa propre réflexion sur les sujets qu’elle évoque, qui ne se résument pas à nous raconter la façon de vivre, certes différente de la nôtre, d’une famille juive orthodoxe. Car Margot fait des études de langue, vit avec un réfugié iranien et n’hésite pas à voyager, sa vision du monde et des choses est grand angle. Posant en filigrane quantité de questions fort pertinentes (qu’est-ce qu’une nationalité ? L’endroit où l’on vit influe-t-il sur notre personnalité ? Entre autres…), elle nous invite à partager son parcours après des Schneider, ses étonnements, agacements, rejets, mais aussi l’indéfectible lien qui se tisse lentement entre eux.
Est-ce qu’on peut réellement comprendre cette façon de vivre quand on n’est pas juive soi-même ? Sans doute jamais vraiment.
Cela participe à la fascination qui s’exerce et on découvre les érouv, les schadchen, les doubles cuisines (ou la feuille d’aluminium entre les poêles) (entre autres) avec une immense curiosité.
Un récit que j’ai beaucoup apprécié et qui compte en prime beaucoup d’humour.