Je n’ai pas toujours envie de faire un billet entier sur une lecture – et l’envie se respecte. Pourtant, j’aime garder une trace de ce que j’ai lu, alors :

Surface d’Olivier Norek (Robert Laffont 2019)

Mon tout premier Norek, lu en raison des bons retours que je lisais un peu partout sur cet auteur. Le bon point : écriture ultra fluide, entraînante, divertissante. Le mauvais : trop de rouages.


Nous étions nés pour être heureux de Lionel Duroy (Julliard, 2019)

« – Nos parents, reprend-il, c’était vraiment de la merde. Il n’y a rien d’autre à en dire. » Pourtant, depuis plusieurs décennies Paul nourrit ses livres de son enfance, puis de sa vie en chantre de l’autofiction. Banni par sa nombreuse fratrie dès la parution de son premier roman, on assiste ici à leur réconciliation, sur deux ans, pendant deux journées. Lire Lionel Duroy a quelque chose de fascinant, sa plume est sûre et entraînante et il s’y entend pour essaimer des petits éclats de vérité très pertinents, et en même temps, je retrouve aussi instantanément les mêmes petits agacements. J’aime, et je n’aime pas, les deux à la fois.


La Mer à l’envers de Marie Darrieussecq (P.O.L. 2019)

« Mais à Calais l’Angleterre on la voit. » Rose Goyenetche, psychologue dotée d’un fluide guérisseur (!), voit littéralement des étincelles jaillir du contact avec la peau d’un migrant recueilli par le bateau sur lequel elle est en croisière. Elle lui donne quelques vêtements, le téléphone de son ado de fils, et poursuit sa vie – source de pas mal d’interrogations. Elle augmente le forfait, qu’elle continue à payer, c’est sa petite pierre symbolique privée. Mais le réfugié l’appelle bientôt à l’aide… Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans ce roman, pourquoi mentir à son fils pour le téléphone, pourquoi ne rien dire à personne comme ça, puis soudain parcourir la France pour l’installer au sein même de sa famille, l’épilogue, que dis-je, les dix lignes finales dix ans plus tard sont d’une facilité énervante, on a l’impression que tout a été écrit en plusieurs parties que pas grand chose ne lie. Mais évidemment, quelques passages font mouche.


Les Altruistes d’Andrew Ridker (Rivages) Trad. Olivier de Paris

« Peut-être, après un quart de vie chez les Alter, était-ce qu’il avait toujours voulu : pas de cynisme, pas de prétention, rien d’autre que la fragile honnêteté d’être soi. »  Pour son premier roman Andrew Ridker s’attaque à la famille et dans une construction éclatée nous raconte les Alter. Une mère psy mourante déshérite son mari sur son lit de mort car il choisit ce moment entre tous pour la tromper. Les enfants ne savent que faire de cet argent qui leur tombe dessus tandis que le père en aurait grand usage. Mais tous creusent plus loin que ces apparences trompeuses et sont déstabilisés au plus profond de leur être… On sent le potentiel de la plume et l’histoire n’est pas inintéressante mais il y a un problème d’accès : on n’entre jamais vraiment au coeur des personnages et les changements de perspectives et/ou de moment dans le temps façon choral n’aident pas. De ce fait on lit tout ça un peu en extérieur et fatalement on s’en désintéresse lentement. Mauvaise pioche en ce qui me concerne !


Lumières noires de N.K. Jemisin (J’ai lu Nouveaux millénaires) Trad. Michelle Charrier

J’adore les nouvelles, j’adore la SF, j’avais adoré la trilogie de la Terre Fracturée de cette autrice et Gromovar disait dans son billet que c’était du très très bon, et que TOUTES les nouvelles étaient bonnes. Alors ? Énorme flop. Attention je ne dis pas que ce n’est pas bon, pas du tout. Je dis que c’est une SF pour ceux qui baignent dedans, qui ont une compétence en la matière, qui ont envie de batailler un peu avec des constructions intelligentes (je n’ai RIEN compris à « Henõsis » par exemple. Mais rien.), une SF virtuose pour amateurs éclairés, quoi, dont je ne suis pas. J’ai tout lu quand même, adhéré parfois, eu toujours envie de voir ce qui allait se passer dans la nouvelle suivante, mais c’était toujours un peu décevant pour moi, toujours un chouïa hors de ma portée. Dommage ! (Très belle couverture en revanche)


L’Accident de l’A35 de Graeme Macrae Burnet (Sonatine) Trad. Julie Sibony

Un petit bled brumeux perdu entre trois pays, un banal accident, un mort. Sauf que la veuve est étrangement détachée, le fils une tête à claque de première et l’inspecteur très antipathique. Il décide d’enquêter, alors que la mort n’est pas vraiment suspecte à la base. Et c’est parti pour une tranche de nostalgie entre deux eaux, un peu vinaigrée, pas plus acide que ça en réalité, la laideur de la petitesse, qu’elle soit humaine, sociale ou environnementale. Quelques petits tours de passe-passe sans conviction, un soi-disant manuscrit perdu (« le » truc qu’on n’a plus le droit d’écrire ! Y en a marre de chez marre de ça !), une période indéterminée mais très datée, une fausse-piste, une eau de boudin, un pseudo hommage à Simenon, bref, au secours. Un grand non en ce qui me concerne.