Il était une fois dans l’Est d’Arpéd Soltesz
Agullo 2019, 308 pages
Traduit du slovaque par Barbora Faure

« Plus d’un pedzouille demeuré a écopé de dix ans sans même savoir pourquoi. Littéralement. Non seulement il n’avait rien fait, mais il n’était même pas capable de comprendre correctement de quoi on l’accusait. La plupart n’essayaient même pas. Pour eux, cela faisait partie du cours normal des choses : les pandores débarquaient quelquefois dans le village, ils pinçaient quelqu’un et le coffraient.
Certains n’arrivaient même pas à comprendre ce que cela signifiait, dix ans. Ils vivaient dans un temps tout à fait différent. Ils ne connaissaient que le jour, la nuit et les saisons. Des mots comme « lundi », ou « septembre » ou « année » n’avaient pour eux aucun sens. Ils les connaissaient, sans pouvoir les relier à une idée concrète. Ils savaient qu’is allaient partir et qu’à leur retour les enfants seraient déjà grands. La chose ne leur faisait pas plaisir, pas plus qu’un hiver rigoureux, une inondation ou une congestion cérébrale. La taule, ce n’était qu’une mauvaise chose de plus apportée par la vie et il fallait tenir le coup ou crever là-dedans.»

Rude, non ? C’est une des réalités de la vie dans cet Est sauvage de la Slovaquie, à la fin des années 1990. Y vivre n’est certes pas une partie de plaisir : on n’y comprend rien. Tout, mais alors absolument tout, est mouvant, en cours de bidouillage. Entre les mafias, la corruption à tous les étages et la violence inouïe et très largement démocratisée, bien malin qui serait en mesure d’appréhender les trafics et leurs ramifications. Veronika, dix-sept ans, se fait un jour enlever et violer par deux malfrats qui la destinent à un de leurs trafics. Mais elle a de la ressource et parvient à s’échapper, mettant alors malgré tout sa vie en danger. À qui faire confiance, quand police et justice sont dirigées par les pots-de-vin ? Avec un peu d’aide, elle va patiemment mettre au point une vengeance… C’est le tout premier roman noir slovaque publié en France et il est addictif. Étrange western un peu halluciné, il requiert un peu de concentration pour faire le tri entre tous les personnages qui se bousculent (avec des noms pas simples à mémoriser pour une française) mais à un moment ça fait sens et on s’engage à son tour dans une espèce de croisade pour une lueur d’éthique, bien difficile à dénicher dans tout ce fatras de salopards. J’ai adoré l’exergue d’ailleurs : « Une partie de cette histoire s’est vraiment produite, mais d’une autre manière. Les personnages sont fictifs. Si vous vous êtes tout de même reconnu dans l’un d’eux, soyez raisonnable et ne l’avouez pas. Les gens n’ont pas à savoir quel salopard vous êtes. »

« Celui qui veut te faire du mal ne prévient pas. S’il a le pouvoir de blesser, il ne fait pas de menaces. Quand tu mets quelqu’un en danger et qu’il ne se met même pas en rogne, c’est là que ça devient inquiétant. »

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