Coup de vent de Mark Haskell Smith
Gallmeister, collection Americana 2019, 246 pages
Traduit de l’américain par Julien Guérif (Blown)

« Bryan ignorait pourquoi il ne s’était jamais senti à l’aise avec les privilèges de la richesse. Peut-être était-ce dû au flot continu de moqueries que déblatérait son père au sujet de la corruption de Wall Street et des gros richards avides qui détruisaient le monde ? Être riche ne posait littéralement aucun problème. Pas de vrais problèmes en tout cas. Mais une parole de son père lui avait toujours semblé juste : « Les gens riches sont juste pas très sympas. » »

Le jeune Bryan, star de la finance new-yorkaise, vient de piquer méchamment dans la caisse. Pas le coup du siècle, mais de quoi vivre large et longtemps. Sa boite ne désire surtout pas avertir la police et lance un enquêteur interne à ses trousses, accompagné de la supérieure de Bryan. On n’est pas chez les malfrats ici, ça carbure du chapeau et tout se passe dans les entrailles des jeux de virements informatisés. Mais enfin, il y a toujours le facteur humain, n’est-ce pas, il faut bien des intermédiaires à un moment pour palper le pognon. Et forcément, c’est là que ça se gâte… Bienvenue dans l’univers de Mark Haskell Smith, qui entend bien honorer sa marque de fabrique : une intrigue nerveuse et colorée, un soupçon de transgression, quelques scènes de sexe, et des personnages à la Laurent Chalumeau dotés d’une morale très élastique mais néanmoins touchants, à défaut d’être sympathiques. Je ne sais pas si c’est parce que je vieillis (hélas) mais l’ensemble m’a semblé manquer un tout petit peu de conviction, être presque trop sage par moment. Certains passages, heureusement, sont là pour épicer le tout avec une mention spéciale au très joli sens de l’absurde. Une très bonne lecture détente.