Feel good de Thomas Gunzig
Au Diable Vauvert 2019, 399 pages

Comme Alice, moi aussi, ça y est, j’ai fini. J’ai terminé Feel good. J’ai terminé de le lire, tandis qu’elle a fini d’écrire le sien, ce qui fait évidemment une grande différence. D’après Tom, ce qu’elle a écrit est formidable. Non qu’il sache vraiment de quoi il parle, à l’entendre :
« Tom n’avait pas la moindre idée de ce qu’un « grand livre » pouvait bien être. Il ne savait pas vraiment non plus ce qu’était un « bon livre ». Tom savait (il en avait même un peu honte alors il gardait ça pour lui) qu’en matière de littérature il n’avait absolument aucun goût.` Il aimait certaines choses, il n’en aimait pas d’autres. »
Mais bon, il aime beaucoup ce qu’a écrit Alice. Comment ils se sont rencontrés, qui ils sont l’un pour l’autre, c’est toute une histoire, pas vraiment Feel good, celle-ci. On est dans l’ultra moderne solitude, telle que déjà chantée par Souchon il y a quelques années. Mais la grise, la peu glorieuse, celle qui galère de tout juste en panique-à-bord sans la chaleur du serrage de coude façon gilets jaunes. Les Sisyphes que personne n’imagine heureux, tout le monde s’en fout. Ils travaillent appliqués, besogneux, pendant des années et des années et ne joignent jamais les deux bouts, ou alors exceptionnellement le seul mois en quinze ans où aucune tuile ne leur tombe dessus. Il n’est guère étonnant qu’ils en viennent parfois à certaines extrémités pour ruer un peu dans les brancards, mais la voie choisie par Alice est elle, peu commune…
Thomas Gunzig signe ici un roman qu’on lit d’une traite tant il est réussi. Satire sociale pour sûr, il possède néanmoins un ton bien particulier extrêmement entraînant (en plus ça parle – beaucoup – de livres). Le fond est sombre, sombre, sombre mais la fantaisie semble naturelle, ni fabriquée ni forcée et surtout pas guillerette. La rencontre de ces deux forces à l’oeuvre fonctionne vraiment bien et ne donne qu’une envie : relire encore cet auteur.