Agathe d’Anne-Cathrine Bomann
La Peuplade 2019, 160 pages
Traduit du danois par Inès Jorgensen

« Lorsque je fixai le miroir pour voir mon visage, il était vide, il n’y avait personne ! Et bien que je sache parfaitement que nous n’avions là aucun miroir, en prendre conscience me prit juste assez de temps pour que la pensée surgisse : c’est exactement ça ! »

Tous, nous vieillissons. C’est soit ça, soit mourir. Inéluctable, donc. Lorsque le narrateur en prend réellement conscience, lorsque ça fait sens pour lui, dont le métier est justement de tirer du sens de ce que les gens lui confient, de les amener à le voir par eux-mêmes (il est psy-quelque-chose-clinicien), ça le fait vaciller. Il a décidé que (peut-être) lorsqu’il aurait 72 ans il prendrait sa retraite. Quelques six mois à tirer encore, ça représente 800 entretiens à assurer. La pesanteur du renoncement se faisant sentir comme jamais, notre psy va lentement faire l’expérience (mieux vaut tard que jamais) du lien…
Que voici un étrange premier roman. L’autrice, Anne Cathrine Bomann, est danoise, mais situe son roman à Paris, en 1948. Par petites touches, elle esquisse un monde désuet et charmant, qui flirte avec la désespérance sans jamais y sombrer. Une fantaisie indéniable rythme l’ensemble et on se soumet comme sans y penser au charme de ces trop courtes pages. Une réussite !

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