Pourquoi les hommes fuient ? d’Erwan Larhrer
Quidam éditeur 2019, 348 pages

« Et toi, tu fais quoi ? (Je dîne avec toi, mec, et je m’ennuie.) »

Hou ça partait mal, entre ce roman et moi. Débuté avec un solide a priori (jamais terminé un roman d’Etwan Larher, il me perdait en cours), les premiers temps avec miss Jane (prononcer « Jhaine…) » ne m’incitaient guère à l’apprécier, elle et surtout sa langue, quelque peu hérissante, à mes yeux à tout le moins. Et puis elle m’a eue, la zouz. « Pendant que l’écrivain est aux toilettes, Jane checke ses profils. Il l’a saoulée avec ses remarques moisies, genre c’est malpoli de garder son portable sur la table, encore plus de répondre à ses messages. Invite une vieille la prochaine fois, Balzac ! » Elle est drôle, Jane. Libre, aussi. Tendre, évidemment, sous sa carapace d’épines acérées. Sa narration est entrecoupée par celles de ses deux pères putatifs, dont elle est à la recherche. Leur niveau de langage est tout autre, et cet écart est vraiment intéressant. « L’hiver t’est merveille, à présent. Lactescente pureté tavelée de crissements… » vs « Comme si tu lisais des romans, je lui ai répondu. Il m’a envoyé un selfie avec sa bibliothèque en arrière-plan, comment il m’a châtiée le bâtard ! » J’ai même dû chercher quelques mots que je ne connaissais pas, comme :

Vénéfice, smaragdin, pégueux, wow. Il n’y a que ce « fors (« cette jolie banlieusarde dont tu ignorais tout fors la nudité ») qui tombe à plat, parce que dit par Jane, bien loin de ses habitudes et d’où sortirait-elle ceci, elle qui revendique comme un fait d’arme de ne jamais, jamais rien lire du tout, et certainement pas des romans ? En dehors de ces deux aspects déjà totalement réjouissants (la langue et l’humour), le roman mène une enquête dans un environnement qui n’est pas tout à fait le nôtre. Une piste, notamment, est juste évoquée, comme ça, sans obtenir le développement qu’elle mérite et c’est aussi frustrant qu’amusant. Jane est témoin d’une bastonnade policière dont la victime surprend… Je me suis dit non mais c’est quoi, ça ? Avec un regain d’intérêt amusé. Mais ce n’était rien, en fait, qu’une fantaisie pas exploitée par la suite, ou de si loin qu’on le regrette. Tout ceci donne un roman dans lequel on s’enfonce avec de plus en plus de plaisir, et dont on apprécie le message sous l’intrigue. Il y est finalement question de solidarité, d’entraide et de valeurs magnifiques telles que la gentillesse et la bienveillance. Différent, et bien sympathique.