Les choses humaines de Karine Tuil
Gallimard, collection blanche, 2019, 342 pages

« Tu sais ce qui arrive à ceux qui pensent qu’on peut survivre en respectant des lois morales ? Tôt ou tard, ils finissent piétinés. »

C’est le sexe qui mène la danse et de toute façon on meurt seul à la fin, telles sont les entrées et sorties de ce roman, histoire de savoir tout de suite où l’on en est. La première partie nous plonge dans le quotidien d’un journaliste politique de premier plan qui règne sur son émission télé à grand coup de colères et de réseau. Il a eu un fils autour de la cinquantaine avec Claire, essayiste renommée et féministe engagée. Un fils brillant sur le point d’intégrer une très prestigieuse université américaine. En apparence, ces trois-là ont tout pour eux. Derrière le miroir, Jean est un égoïste forcené (« une merde humaine », carrément, selon son plus vieil ami), Claire succombe à une passion amoureuse qui lui fait quitter tout ce qu’avait été sa vie, et leur fils est tout sauf bien dans sa peau. Une accusation de viol va faire exploser leurs vies…
Karine Tuil, comme à son habitude, n’entend pas cajoler son lecteur ou le brosser dans le sens du poil. Son propos est dérangeant et la vérité de ses personnages égratigne. Mais son sens du suspens fait mouche et toute la partie du procès nous bouscule exactement comme si on était un juré parmi les autres. Solidement ancrée dans la période #MeToo son intrigue donne pleinement à réfléchir sans pour autant s’ériger en manifeste, tout en se plaçant malgré tout dans une veine à tendance nihiliste. On en ressort vaguement écoeuré et étrangement revigoré car après tout, il ne tient qu’à nous d’élargir cette vision des « choses humaines ».

Le billet de Michel Blaise.