La Fièvre et autres nouvelles de Sandor Jászberényi
Mirobole éditions
Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly

« Tous les conflits se ressemblent, le paysage change, mais on passe toujours son temps à attendre : c’est ça, la guerre. Tu attends qu’il se passe quelque chose. Tu attends dans une chambre d’hôtel, dans un café, sur la ligne de front, près d’un feu de camp, et tu fais comme si tu avais une chance de comprendre ce qui se passe. Alors que tu n’en as aucune. Et quand il se passe quelque chose, ça va trop vite pour que tu puisses le saisir. Le temps que tu comprennes, tu es de nouveau en train d’attendre. Ton travail consiste à vendre l’enfer que vivent les autres, comme si tu le comprenais, ou qu’il te concernait directement. »

Il sait de quoi il parle, Sandor Jászberényi. Correspondant de guerre hongrois, il a couvert plusieurs conflits (Printemps arabes, crise du Darfour…) et sous couvert de nouvelles (parfois récits, parfois fictions pures) il laisse à voir les mécanismes à l’oeuvre. Pourquoi choisit-on d’aller « sur place » ? Comment absorber le choc extrême de la grande violence quand elle se déroule sous ses yeux ? Qui est-on, quand on observe ? Qu’est-ce que l’humanitaire, l’humanité, être humain ? Il n’a pas de réponse toute faite, il fluctue, il évolue, comme les situations, avec la chaleur affolante, sous la brume de l’alcool, en tenant compte des hasards, de la chance, de son absence. Quatorze moments différents qui nous font voyager, qui nous éduquent aussi pas mal, qui nous montrent un monde de désolation totale qui est pourtant en train de se dérouler exactement maintenant, quelque part. Ce n’est ni moralisateur ni plombant, en raison d’une espèce de petit miracle, la distance de la narration s’établissant sur une ligne d’une parfaite justesse, avec une pointe d’ironie qui parvient à rester tendre. C’est prenant, intéressant et différent. À lire !

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