Mon désir le plus ardent de Pete Fromm
Gallmeister, Totem, 2019, 284 pages
Traduit de l’américain par Juliane Nivelt (If Not for This)

« J’ai fait tout ce que je pouvais. Épousseté les étagères les plus hautes avant d’être saisie de vertige, Atty me sidérant une fois de plus, proposant de finir à ma place tant mon anxiété était apparente. Il n’a pas arrêté de grimper sur son tabouret, nettoyant le dessus de la cheminée, les lampes. Il a détruit une énorme toile d’araignée dans un coin, même si, de son propre aveu, c’était un peu sa préférée.
– Elle ondule quand on ouvre la porte. Comme les vagues.
Je n’ai jamais été une ménagère modèle, et lever les yeux étant le meilleur moyen de déclencher le tournis, j’évite de le faire autant que possible. N’empêche : une toile d’araignée préférée ? Je ne m’étais pas rendu compte que les choses s’étaient dégradées à ce point. »

Maddy rencontre Dalt et c’est parti pour la vie. Ils ont vingt ans, ils sont fougueux, sportifs, fous des rivières et des descentes en rafting, leur mariage est une cérémonie originale, à l’aube glacée, après laquelle ils partent en lune de miel sur l’eau, ils refusent d’échanger des voeux banals, pas de formules toutes faites pour eux mais à la place un « désir le plus ardent » qu’ils jugeront rétrospectivement pour ce qu’il est : très con. Dalt et Mad, Madeleine et Dalton nous embarquent pour 284 pages consacrées à leur amour. Eux, les plus veinards du monde, eux et rien qu’eux et le blanc de leurs yeux. La première fois que j’ai ouvert ce roman, à sa parution, j’ai jeté l’éponge après la cérémonie du mariage. J’avais adoré « Lucy in the Sky » et je ne retrouvais pas son auteur dans l’histoire de ces deux-là, ils m’énervaient, je n’avais pas envie de les entendre me claironner leur amûûûr-toujûûûrs sur des pages et des pages. Quelques mois plus tard j’avais évidemment tout oublié de cette première tentative et le nom de l’auteur agissant une nouvelle fois comme une puissante attraction, je me lance dans la parution en poche. Et ça m’agace, évidemment. Non seulement de retrouver les deux plein d’eux-mêmes, mais aussi (et surtout, peut-être) d’en être encore là, après tant d’années et de tentatives de noter mes lectures, et le blog et les SP et tout ça, il m’arrive encore de racheter des livres que j’ai déjà lus ( et pire, que j’ai reçus en SP) (DEUX fois) ? Alors cette fois je vais au bout, décidant d’y voir un appel plutôt que ma propre bêtise. Oui Madame, voilà l’explication, ce roman veut que tu le lises, il s’arrange pour se replacer entre tes mains (autant me parler à moi-même, pendant que j’y suis, non ?). Et tout au long de leurs (més)aventures, Maddy et Dalt m’énervent. Non pas parce qu’ils s’aiment, mais parce qu’ils le font envers et contre la pute de vie qui ne leur épargne rien de chez rien (référence à la rubrique de Pascale, « La vie est une pute » qui raconte elle aussi l’histoire d’un amour hors-norme que rien n’abat jamais). Ils m’énervent parce que souvent je ne les comprends pas, parce qu’ils sont faillibles, excessifs, admirables, épouvantables, insupportables et très, très marquants. Effrayants, aussi. Ça fait peur, parce qu’on se transpose forcément, parce qu’au jeu des « et si… » personne d’autre que l’angoisse ne gagne jamais, et parce que Pete Fromm, dont la plume est décidément insolente de talent, ne leur épargne rien. Mais vraiment, ç’aurait été dommage de ne pas lire ce roman. (Si vous décidez de le faire, ne lisez aucun avis qui révèle ce que même la 4° de couverture tait, ce serait dommage de ne pas le découvrir en même temps que les protagonistes, je trouve.)

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