Un Monde après l’Autre de Jodi Taylor
(Les Chroniques de St Mary – Livre I)
HC éditions 2018, 351 pages
Traduit de l’anglais par Cindy Colin Kapen

« Tu veux que je conduise un peu ?
– Non. Je préfère la vie.
– Ce n’est pas très gentil, Chef.
– Mademoiselle Maxwell, j’ai le plus grand respect pour tes nombreuses compétences. Tu es une historienne talentueuse et passionnée, une artiste douée et une amie fidèle et loyale. Tu es chaleureuse, compatissante, intelligente, drôle et terriblement sexy. Mais tu es aussi la pire conductrice que le monde ait jamais connue. Dieu seul sait comment tu as réussi à avoir ton permis. Je suppose que ton examinateur était tellement ébloui par ta beauté qu’il a coché la case « favorable » avant même que tu ne mettes la clef dans le contact.
Mon coeur battait à tout rompre. J’ai laissé quelques secondes passer avant de pouvoir répondre.
– Merci.
Il a hoché la tête, les yeux toujours sur la route.
– Et si tu arrêtes la voiture, je te taille la meilleure pipe de ta vie.
Nous avons percuté un arbre. »

Si la lecture de cet extrait vous déplaît, ne tentez surtout pas la lecture de ce premier tome des Chroniques de St Mary. Dans le cas contraire, vous allez entrer dans une longue série (neuf tomes à ce jour) qui promet bien du plaisir.
Jodi Taylor est d’abord et avant tout drôle. On s’amuse énormément dans son univers qui tient à la fois de Harry Potter et d’Indiana Jones. Écrit en 2013 (ou tout au moins édité à cette date), ce premier volume des aventures de Max a d’abord paru en auto-publication numérique avant de trouver sa maison d’édition en raison de son immédiat succès. Il sacrifie à la tendance de ces années-là, romance avec scène de sexe explicite, heureusement très anecdotique par rapport à l’ensemble. Car on y suit Madeleine Maxwell, historienne voyageuse temporelle au caractère bien trempé et au destin mystérieux. D’abord dans ses années de formation au sein de l’institut St Mary, puis dans ses premiers voyages. Ça file à toute allure et ça boit du thé en toutes circonstances, réussissant à évoquer de multiples références sans qu’on y voie copie ou outrage. Il y a deux trois petites choses qui grippent un petit peu mais ça pétille tellement qu’on laisse couler. Par exemple, pourquoi donc le « Chef » appelle-t-il Madeleine : Lucy ? Je me suis demandée si j’avais raté quelque chose (ce qui est toujours possible) puis j’ai pensé soit à un gros manque de relecture soit à quelque chose qui trouvera sa réponse dans un tome suivant mais bon, étant donné l’usage intensif (et réussi) de la prolepse sous toutes ses formes, j’en doute. Je suis extrêmement curieuse de la suite de tout ceci (trois tomes traduits en français à ce jour), car pour le moment le côté SF/Voyage dans le temps sert juste de base à un chouette roman d’Aventure, mais ça peut évidemment évoluer. Nous verrons !