Le dernier amour de Baba Dounia d’Alina Bronsky
Actes Sud 2019, 152 pages
Traduit de l’allemand par Isabelle Liber

J’avais adoré « Cuisine tatare et descendance » et c’est avec beaucoup d’envie que j’ai entamé ce dernier amour, je n’ai pas été déçue ! Alina Bronsky est hyper douée pour créer des personnages de petite vieille dure à cuire qui emportent l’adhésion, l’affection et font autant sourire que fondre. Baba Dounia fait partie de ces perdantes magnifiques à la dignité impeccable. Quand on a évacué son petit village, beaucoup de temps s’était déjà écoulé depuis la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Elle est partie néanmoins, puis est revenue, parce que c’est chez elle ! Elle voulait sa maison, c’est tout. Pas suicidaire pour un sou, elle mène une vie toute de travail en respect total de la nature, et elle est parfaitement consciente du paradoxe. Mais ce n’est pas parce que les hommes ont tout bousillé qu’elle va refuser les dons de la nature, ça ne se fait pas, point. D’abord solitaire, elle a vu quelques éclopés revenir (ou venir, sans y avoir habité auparavant) la rejoindre dans ce village encore contaminé, et ils y vivent à la sueur de leur front. Mais un évènement va en perturber la (relative) tranquillité… Chronique villageoise aux accents postapo, ce roman se pare d’humour pour dénoncer avec force et pertinence la stupidité humaine.


«L’indulgence de l’épouse était le ciment du mariage »
Une petite ville d’URSS (à vingt-sept heures de train de Moscou) dans les années 80. Une femme, Rosalinda, d’origine Tatare. Sa vie au quotidien…
« Cuisine tatare et descendance » d’Alina Bronsky (Actes Sud, 2012, 331 pages, traduit de l’allemand par Isabelle Liber) est un roman que l’on dévore. J’ai ri, j’ai poussé des « Ooooh » réprobateurs, j’ai reconnu bien des comportements déjà croisés ici ou là, j’ai été touchée et émue : avec une grande tendresse, on se prend de plein fouet les résultantes de la misère, qu’elle soit pratique ou intellectuelle. Rosalinda est une mère horrible, qui ne cesse de dénigrer sa fille tout en l’aimant pourtant sincèrement, à sa manière ultra rustique et totalement pratique; elle la maltraite de toutes les façons possibles, sans jamais (vraiment, jamais) ne serait-ce que l’envisager. C’est comme ça, c’est tout, c’est pour son bien, la vie est rude et il faut se battre. Sa vision des choses est d’une naïveté totale, ce qui ne l’empêchera jamais d’avancer et de tenter plein de choses, avec une confiance en elle absolue et infondée. Elle est odieuse, xénophobe, égoïste et superficielle. Mais on s’attache !
Une petite pépite au rythme soutenu où on ne s’ennuie pas un instant.
« Quant au gefilte fisch, c’était une sorte de boulette de poisson froide qui demandait des heures de préparation et n’avait aucun goût. (…) en revanche, quand j’ai préparé le tsimes, j’ai décidé de ne pas me tenir personnellement responsable du résultat, (…) si les juifs avaient de telles recettes, moi je ne pouvais pas non plus faire des miracles. »
Publicités