Les modifications de Sayed Kashua
Éditions de l’Olivier 2019, 250 pages
Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche

Le narrateur écoute les cassettes qu’il a enregistrées à l’hôpital, lors des derniers jours de son père. C’est en quelque sorte son métier, il transcrit les autobiographies des gens qui lui en font la demande, et les « édite ». C’est-à-dire qu’il les réécrit, dans un souci littéraire, mais à l’évidence pas très fidèlement. Depuis une certaine nouvelle – la seule qui ait été publiée, il ne peut plus écrire de la fiction. Alors, sans rien inventer, il insère ses propres souvenirs d’enfance dans les vies de ses clients. Avec son père, bien sûr, c’est tout autre chose. Sa voix sur les bobines est la seule chose qui lui reste…
Sayed Kashua signe ici un roman bien mystérieux qui excelle dans l’art du suspens. Plus on en apprend et plus les choses s’opacifient, et plus notre coeur se serre.
Mélancolique, absurde par bien des côtés mais en équilibre sur une juste ligne au dessus de la franche tristesse, son héros n’en finit pas de racheter une faute qu’on peine à bien conceptualiser (même si on admire la construction ciselée). L’occasion d’une réflexion en spirale sur la fiction et toujours (constante dans tous les romans de l’auteur) sur la difficulté d’être un arabe israélien.