L’encre vive de Fiona McGregor
Actes Sud 2019, 537 pages
Traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Maillet

« Elle n’aurait su dire si elle avait besoin de rendre visite à sa mère pour boire ou si elle avait besoin de boire pour lui rendre visite. »

Chez les King il y a d’abord Marie, la mère, cinquante-neuf ans. Elle règne sur la grande demeure idéalement située dans le meilleur quartier de Sydney, seule depuis son divorce. Son ex est un ponte de la publicité, elle s’est longtemps occupée de son (extraordinaire) jardin tout en picolant sévèrement pour maintenir un flou de façade sur ce qu’elle ne voulait pas affronter. Ils ont eu trois enfants, devenus adultes mais peu responsables. Les temps sont durs, Marie ne peut maintenir le train de vie auquel elle était habituée et ne sait pas vraiment comment faire. Elle croise un jour la route d’un salon de tatouage, et sans réfléchir, se lance. C’est le début d’un changement de vie total…
On pense forcément aux Corrections de Franzen en s’enfonçant dans cette grosse brique qui ne se laisse pas engloutir facilement. Non, la vie des King et la réalité de l’Australie en ces temps d’urgence climatique ne revêt pas ses plus beaux atours pour nous séduire. Au contraire, même, le roman distille un puissant malaise et ne cesse de nous ramener à notre si commune condition d’individualistes bornés et complaisants. Son tranchant est acéré et si on s’accroche, c’est comme malgré nous, en espérant presque finir par tomber sur ce qui nous permettrait d’en sortir. C’est pourquoi on est tout étonné lorsque notre gorge finit par se serrer et qu’on le termine avec un réel sentiment de perte. Subtil, intelligent et très puissant.

Le beau billet de : La Viduité,