L’Outsider de Stephen King
Albin Michel 2019, 570 pages
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch

Terry Maitland, un homme droit et intègre, apprécié de tous, se fait arrêter d’une manière spectaculaire et très dérangeante. Le policier qui est responsable de cette arrestation musclée, Ralph, la fait en toute bonne foi, ulcéré par le fait que Terry ait été en contact avec son propre fils. Il est accusé d’avoir violé, torturé, *mangé* un gamin avant de le tuer. Ses empreintes, son ADN sont partout et ces preuves scientifiques ne mentent pas. Plusieurs témoins l’ont également vu sur les lieux au moment du crime. Sauf que Terry était (aussi ?) au même moment à des centaines de kilomètres et que là aussi, ses empreintes et son ADN sont partout. Terry n’a évidemment pas de frère jumeau, ni aucune explication.
Alors ?
Alors Stephen King est à la manoeuvre et une fois de plus, on plonge tout debout. On se délecte forcément de suivre cette intrigue prenante et on note au passage tous les petits clins d’oeil aux précédents romans (un grand plaisir de retrouver Holly, même si elle est ici un peu caricaturale) mais ce qui fait tout le sel c’est l’instillation lente et délicate de la peur. Comme dans plusieurs de ses autres romans, c’est en détournant le côté effrayant que l’auteur parvient à nous ébranler. Nombre de ses personnages ne veulent pas y croire, sont réfractaires et on est 100 % en phase. Mais comme eux, lorsqu’on se couche et qu’il fait noir on y repense et soudain l’air vibre d’une manière différente et il y a quelque chose d’hostile à l’intérieur même de nos pensées. Le King étire la sauce, laisse planer le doute et le suspens et l’épilogue nous réjouit alors par son côté gore très assumé (à la fois western et horreur), parfait point final à notre imagination qui s’était emballée. Si on n’y croit pas, ça n’existe pas ? C’est peut-être bien tout le contraire, nous dit l’auteur, c’est seulement si vous y croyez que vous pouvez le combattre (direct message de la trilogie « Ça » !). Le tout avec un indéniable accent old school, malgré les iPad et autres réseaux sociaux subrepticement évoqués. Mais moi, j’adore !

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