La bête contre les murs d’Edward Bunker
Rivages/noir, 2016, 350 pages
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Freddy Michalski
(Animal Factory 1977)

« En quelques semaines, il accumula assez de livres de poche pour en remplir un carton; (…) Ron cessa rapidement d’apprécier la littérature de poubelle; elle ne parvenait pas à lui nouer l’esprit, à la manière de Dostoïevski, Hesse, Camus et Céline, les écrivains préférés d’Earl. Ron s’était toujours persuadé que Jack London n’avait écrit que des livres pour enfants jusqu’à ce qu’Earl vienne lui offrir « Le Vagabond des étoiles » et « Le Loup des mers ». Il aimait l’écouter parler des livres. Earl changeait alors d’attitude. Il se montrait loquace, en termes grammaticalement justes et précis. Il ne manifestait d’intérêt que pour la littérature comme forme artistique, mais n’aimait pas nécessairement tout ce qui était accepté de fait comme grand. Il n’aimait ni Dickens ni Balzac, et était d’avis que Thomas Wolfe ne devait plus se lire au-delà de vingt et un ans. En trois mois, Ron lut plus qu’il ne l’avait fait de toute son existence. Il sentit son esprit élargir ses horizons, ses perceptions se faire plus précises, car chaque nouveau livre était un prisme qui venait réfléchir la variété infinie des vérités de l’expérience. Certains agissaient comme des télescopes; d’autres, des microscopes. »

« Un livre époustouflant, superbe, terrible. » s’enflamme Bruno Corty en 4° de couverture, et parfois, ça suffit à donner envie. Alors on découvre la plume d’Edward Bunker et on ne referme le roman que des heures après avoir tourné la première page, le coeur tout gonflé d’émotion. Ron s’est fait choper la main dans le sac. Il menait la belle vie, tout jeune encore, dealer, voitures de sport, superbe appartement, n’ayant aucune conscience de mal faire. Il répondait à une demande, c’était du commerce. Il ne faisait de mal à personne, monsieur le juge. Parce qu’il a une bonne tête et est de bonne famille, que sa jeunesse peut lui permettre de prendre la mesure de ses actes et décider de changer, le juge l’envoie en prison pour deux ans, après quoi il le reverra pour décider de sa peine. Alors Ron se retrouve dans la plus terrible des prisons, et va apprendre à la dure ce qu’est le système carcéral américain… Un roman au rythme parfait qui nous parle de l’essence même de l’être humain confronté à la plus brutale des sociétés. Violent et volontiers grossier, cet univers est aussi extrêmement addictif et sa description minutieuse nous le rend (presque) palpable, avec en prime de très beaux personnages. Vraiment superbe !

J’aime beaucoup le billet de Manu.