Comme il pleut sur la ville de Karl Ove Knausgaard
Denoël (collection & d’ailleurs) 2019, 836 pages
Traduit du norvégien par Marie-Pierre Fiquet

Karl Ove Knausgaard, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, a entrepris de raconter sa vie, toute sa vie et rien que sa vie, en six volumes. J’avais lu, sidérée et captive, les deux premiers livres, abandonné les troisièmes et quatrièmes parce qu’à leur lecture ne se reproduisait pas l’envoûtement éprouvé précédemment. Ils étaient consacrés à sa petite enfance puis son adolescence et ça ne m’intéressait pas suffisamment. Pour ce cinquième livre, nous le retrouvons très jeune adulte alors qu’il s’établit à Bergen (la ville où, à le lire, il pleut effectivement littéralement tout le temps – on comprend le titre) alors qu’il va commencer son année à la prestigieuse Académie d’écriture. Il est immensément fier d’avoir été sélectionné, désire ardemment être écrivain, et s’y casse bien méchamment les dents. Il se frotte à la vie d’adulte, vivre seul, gérer un budget, travailler pour gagner un peu d’argent, échouer dans ses tentatives, il établit un bien vilain lien avec l’alcool – qui ne lui réussit pas du tout, fait des conneries, les regrette mais les recommence. Accessoirement il obtient une certaine reconnaissance pour son écriture, mais rien n’est jamais comme il le voudrait et il teste régulièrement la patience de son lecteur en exploitant son goût certain pour l’auto-apitoiement. Néanmoins, cependant et nonobstant (j’insiste) il parvient cette fois encore à agripper son lecteur et c’est avec beaucoup d’envie qu’on reprend à chaque fois ce petit pavé pour laisser se diffuser en nous son subtil malaise. Malgré son rythme anarchique (il s’étend jusqu’aux détails infimes – et souvent triviaux- sur un certain point a priori pas très intéressant pour ensuite résumer allègrement plusieurs mois (voire années)), malgré son égocentrisme avéré et sa totale absence d’empathie, Karl Ove Knausgaard nous apparaît comme un frère de souffrance et sait mettre des mots justes sur des sensations diffuses, les éclairant alors. Ce qui domine tout de même pour moi cet opus qui traite majoritairement de la honte, c’est l’antipathie qu’il suscite par excès de sincérité. Vivement le sixième et hélas dernier livre.