Le discours de Fabrice Caro
Gallimard, Sygne, 2018, 208 pages

La scène, on la visualise très bien : Adrien, la quarantaine, est coincé dans un déjeuner de famille chez ses parents avec sa soeur et son beau-frère qui vont se marier. Ce dernier lui demande de se charger du discours pendant la cérémonie. Mais lui, lui, a tout en tête plutôt que ça : se charger d’un discours. DU discours. Il est en break avec sa copine et se ronge les sangs sur le sens à donner à ce break. Image type de l’éternel ado loser et sympa au fond, il énumère ses manquements et autres bizarreries tandis qu’il sauve les apparences extérieurement. Et comme c’est Fabcaro qui tient la plume, tout est prétexte à rigoler…

« Surtout la chenille. La chenille à laquelle personne ne peut échapper. On a beau faire semblant de manger, de parler, d’être au téléphone, peine perdue, la chenille est impitoyable, elle n’épargne personne, elle ne s’embarrasse pas des ego, de la timidité, elle n’a que faire de tout ça, face à la chenille nous sommes tous à la même enseigne, nous sommes là pour nous amuser, nous avons l’obligation d’être heureux, véritable machine à broyer les orgueils, et on se retrouve subitement au milieu de gens et on ne sait pas trop quoi faire de ses pieds, on tente de leur imprimer une sorte de mouvement un peu festif parce que si on marche, c’est pire que tout, marcher dans une chenille c’est être un dissident, c’est affirmer haut et fort Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j’ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j’ai lu Le livre de l’intranquillité de Pessoa, vous imaginez quelqu’un qui a lu Le livre de l’intranquillité de Pessoa faire la chenille ? Et une grand-tante un peu ivre vous tient fermement par les épaules en vous faisant dandiner de gauche à droite et vous avez l’impression d’être sur une barque et ça n’en finit jamais, et elle chante la chanson à dix centimètres de votre oreille alors que vous-même devez poser vos mains sur les épaules d’un type que vous n’avez jamais vu de votre vie, l’oncle du marié, et sa chemise est trempée de sueur, et vous avez la sensation que vos doigts sont à même sa peau, il y a quelque chose de sexuel et de dégoûtant là-dedans et vous vous dites que là, pile là, vous préféreriez avaler une demi-douzaine de limaces plutôt que d’avoir cette matière visqueuse sous vos doigts, et vous vous posez à cet instant précis des questions sur le sens de la vie, mais c’est trop tard, vous êtes déjà prisonniers, en voiture les voyageurs. »

Le bouche à oreilles est plutôt bon pour cette incursion dans le « sans images » de Fabrice Caro et j’aurais aimé moi aussi bien apprécier mais il faut avouer que tout ça tourne un peu en rond et si certains passages, immanquablement tout de même – c’est Fabcaro quoi -, font sourire et même aussi si l’observation est fine et emphatique, je me suis un peu ennuyée.

Cathulu a beaucoup aimé et liste plusieurs autres blogs dans le même cas

 

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