Lune pâle de W.R. Burnett
Actes Sud 2018, 237 pages
Traduit de l’américain par Doris Febvre
Postface de Bertrand Tavernier
Série « L’Ouest, le vrai »

« Écoute Opal, ça ne se fait pas. C’est épouvantable de faire une chose pareille. Tu ne comprends pas ça ?
– Je voulais le faire, je l’ai fait, dit Opal. S’il y a une chose au monde dont je me moque, c’est de ce qui « se fait ». Ce qui m’intéresse, c’est ce que moi je fais. »

Quand Crip croise la route de Doan Packer, ce dernier est en mauvaise position : assoiffé, perdu, le teint cireux, on ne donne pas cher de sa peau. Mais en même temps, et Crip ne se l’explique pas, il exerce une forte attraction sur qui le rencontre. Notamment sur Opal, la fille du maire de San Miguel, et c’est tout sauf commun… Ecrit en 1956, traduction remaniée pour cette présente édition, « Pale Moon » n’a pas pris une ride. Son histoire est un pur western et nous parle du Far West tel qu’il commençait à ne plus exister, dans ces années qui flirtaient avec le XX° siècle. Tout y est, de l’histoire d’amour aux conflits familiaux en passant par la façon dont la politique se saisit des vies de tout un chacun, et le texte dégage une grande force à laquelle il est impossible de résister. D’abord parce que la plume est sobre, dégraissée de tout bavardage et d’une efficacité imparable. Les personnages, eux, sont complexes, sous leurs aspects premiers, et la manière dont on en apprend plus sur eux au fil de l’intrigue renforce cette impression de subtilité. L’Arizona, enfin, les différentes populations amenées à y cohabiter, et la façon dont elles vont choisir de le faire contribuent à nous immerger profondément dans cette ambiance saturée de chaleur et de poussière. La postface nous offre elle aussi des éléments intéressants en attirant – entre autres – notre attention sur quelque chose dont on a perdu l’habitude dans les romans contemporains : William Riley Burnett écrit le point de vue des personnages depuis leur époque, sans sacrifier au politiquement correct ni prendre en considération les évolutions de la société depuis. En aucune façon une apologie des errements passés évidemment, mais une psychologie différente qui exerce sa curieuse fascination. Pas un grand western, mais un très bon divertissement.