Écorces vives d’Alexandre Lenot
Actes sud, Actes noirs 2018, 204 pages

« Ce n’est que maintenant, dans les débris de sa vie, en comptant ses plaies et en remontant le fil de ses cicatrices, qu’il sait enfin tendre l’oreille vers le silence caché dans l’illusion du monde. »

Bien sûr c’est un roman noir et il tire lentement sur toute forme d’espoir. Évidemment il se tient en équilibre sur un suspens qu’il nourrit d’éléments plus mystérieux qu’on aurait pu penser. Mais c’est aussi un roman choral glaçant, un western social répondant à tous les codes de ces deux genres très précis, une charge écologique puissante, le tout sur une assise politique ferme et surtout (et c’est dingue !) un premier roman. C’est dingue parce qu’il a tout bon, zéro défaut, tout se tient, tout s’enchaîne et paraît extrêmement facile, tout fonctionne et ça ne laisse pas de m’éblouir. On y est, dans ce nord extrême du Cantal où le printemps s’annonce sans jamais prendre le dessus sur un froid s’insinuant dans les os déjà battus par un vent changeant mais toujours très fort. On les voit, ceux qui sont là parce qu’ils n’ont pas pu partir et n’arrêtent pas de s’épier et se mordre les uns les autres. On la sent, cette folie contenue à grand peine à ses lisières et qui s’échappe ou menace de s’échapper comme la vapeur d’une cocote-minute. On les ressent, les rares qui ont choisi de s’échouer pour un temps à cet endroit précis parce qu’ailleurs, c’était trop dur. Alors on mélange, on agite, et voilà ce qui se passe… À lire absolument.