Évasion de Benjamin Whitmer
Gallmeister 2018, collection Americana, 404 pages
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

« Rien n’égale la violence que les gens comme il faut sont capables d’exercer au nom de la préservation de la vie comme il faut. »

Old Lonesome, c’est un bled qui existait déjà avant que le Colorado ne devienne un état américain. Quand le territoire est devenu un état, on lui a donné le choix entre accueillir une université et une prison. Depuis lors, la ville tout entière tourne autour et ne vit que grâce à cette prison. Le directeur, c’est Jugg. Il règne en despote sur la ville, et impose sa vision très particulière de l’ordre. Ce soir de réveillon 1968, douze détenus s’évadent. La chasse à l’homme ne s’embarrassera pas de les reprendre vivants… Si vous voulez un roman noir, couleur ébène sans aucune lueur d’espoir, Benjamin Whitmer est votre homme. En racontant la cavale de douze paumés, il vous pétrifiera purement et simplement sans que vous soyez seulement capable de faire une pause dans votre lecture. Sombre, violent, désespéré comme seul un Carver était capable de l’être, le roman englue son lecteur dans une toile d’araignée bien venimeuse. La plume crache, feule, invective, et dans un clignement d’oeil ou un mouvement inoffensif laisse entrevoir une humanité qui retourne le coeur.

« Derrière tout ça Jim aperçoit la vague silhouette du mont Dos Tortugas.
Foutue montagne.
Le Vieux lui avait dit que du temps où le Colorado était un territoire ils l’appelaient juste la Salope. Le nom de Dos Tortugas lui vient du tout premier évadé, un voleur de chevaux mexicain. Il avait réussi on ne sait trop comment à se réfugier dans cette montagne et n’avait été repris qu’au bout de deux bonnes semaines, quand il en était redescendu pour se rendre. Il était assoiffé, affamé et à moitié fou, et tout ce qu’il disait, c’était « dos tortugas, dos tortugas ». À l’infirmerie, il fallut une semaine avant que quelqu’un finisse par comprendre ce qu’il voulait dire. Il voulait dire que pendant tout ce temps, il n’avait rien mangé d’autre que deux tortues.
Sauf qu’il n’y a pas de tortue là-haut. »

Publicités