Brexit Romance de Clémentine Beauvais
Sarbacane 2018, 449 pages

« Quite, dit Cosmo (ce qui voulait dire oui, en effet, certainement, nous sommes d’accord, un peu, vu de cette manière, mais enfin, oui et non, et cependant c’est très vrai). »

C’est l’histoire d’une petite orpheline française de dix-sept ans qui se rend un jour en Angleterre pour y donner une représentation. Elle est soprano et accompagnée de Pierre, son professeur-agent-mentor. Dans l’Eurostar, elle rencontre Canelle, une jolie blonde qui se rend, elle, à Londres dans un tout autre but : elle va épouser Matt. Matt a une soeur, Justine, qui vient de lancer : « … une start-up d’entreprise de mariage avec un service sur-mesure fondé sur des partenariats durables et financièrement égalitaires avec des entreprises locales bio et artisanales afin de contrecarrer l’empreinte carbone et le consumérisme acharné de ce genre de célébrations. », ou dit à la française, un Brexit Romance. Sous le nom de « Mariage Pluvieux » se dissimule en effet un site destiné à se faire rencontrer entre eux des européen(ne)s et des britanniques, dans le but de contracter un mariage blanc qui offrira, au bout de cinq ans, la double nationalité à chacun et donc la possibilité de continuer à circuler librement en Europe malgré le Brexit. Pas de sentiments, bien sûr, que de la raison. Sauf que…

Sous le pitch hyper sérieux de cette petite pièce en trois actes se déroule une comédie échevelée et tout à fait loufoque, qui n’hésite pas à ajouter de nombreux rebondissements à des péripéties surprenantes.
Mais ce qui fait roucouler doucement de plaisir c’est l’Angleterre telle que décrite en long, en large et en travers.
Ayant adopté le français une fois pour toutes comme langue de narration, Clémentine Beauvais décide de le délivrer très littéralement, ponctuant alors son texte de petites perles comme « totale crotte de taureau », par exemple.
Mais elle va plus loin, et concocte un savant mélange de mauvaise compréhension (« We’ve got to take the tube, I’m afraid ». Ah, ok ! c’est juste qu’on va devoir prendre le métro, traduisit Marguerite, ‘et elle a peur. – Elle a peur ? répéta Kamenev. ‘Bah ouais, avec les terroristes et tout’, hypothétisa Marguerite. ») et d’attitudes et de comportements très très très anglais, tels qu’ils existent réellement mais aussi tel qu’on projette la *lorditude* à la Colin Firth ou Hugh Grant dans les Historical Period Drama.

« Whatever’, répondit Justine, ce qui voulait dire OK, c’est comme vous voulez, sans problème, je suis furieuse mais d’accord, nickel, c’est totalement votre choix. »

« … votre manière de parler (…) absolument indirecte et totalement peu claire, et pourtant d’une grande précision dans son vague absolu. Vous êtes devenu totalement britannique ! »

Enfin, et c’est sans doute le plus savoureux, elle donne un aperçu plutôt exhaustif de 2017 en Angleterre et de la manière dont les différentes strates de la société perçoivent le Brexit.
Je ne suppose pas que que ayez envie de lire un roman furieusement intelligent et totalement hilarant (dans lequel se dissimulent nombre de références parmi les plus swoonantes, I’m afraid) ?

Dès 13 ans

 

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