Obsolescence des données de Douglas Coupland
Au Diable Vauvert 2018, 580 pages
Traduit de l’anglais (Canada) par Walter Gripp

« Je songe parfois aux gens qui se réveillent et passent presque toute leur journée en ligne. En allant se coucher le soir, ils n’auront presque aucun souvenir organique à eux. S’ils continuent longtemps comme ça, on peut commencer à dire que leur intelligence est, au vrai sens du terme, artificielle. »

Ce livre ressemble à son auteur : inclassable et brillant. Drôle aussi. Drôle surtout. En mélangeant petites observations, anecdotes, souvenirs (un poil trop de répétitions peut-être) à des nouvelles inédites et de vraies réflexions sur la géopolitique et la société telle qu’elle était, est et va devenir, Douglas Coupland nous capture. Difficile de lâcher ce petit pavé selon la formule éprouvée du « allez juste encore un ». Mais oui, on va le poser dans un instant, juste cette page encore. Et puis ce thème-là, après j’arrête. Allez, je termine juste cette nouvelle et puis c’est bon. Et ainsi de suite jusqu’au point final, et on en voudrait encore. Cela tient à une multitude de petites et grandes raisons, on aime l’auteur, on a beaucoup aimé ce qu’on a déjà lu de lui, il a quasiment notre âge, on connaît l’intégralité de ses références (sensation jouissive !), on partage nombre de ses goûts, il nous étonne, nous distrait, nous cultive, et surtout nous amuse.

« L’été dernier, dans la salle du petit-déjeuner d’un hôtel à Londres, je lisais le Financial Times en attendant que ma voiture arrive et j’ai machinalement regardé en haut de la page de mon journal pour voir l’heure qu’il était. J’ai cligné des yeux puis je me suis dit Hmmm… OK, Doug, le haut de ta page n’est pas une barre d’outils. On dirait que tu viens de passer un cap dans ton rapport à la technologie. J’appelle cette expérience un « éclair du futur » – un petit instant, proche du haïku, où vous réalisez soudain que vous n’êtes plus dans le passé. »


 

« Les questions tendaient vers le difficile. En voici une parmi les premières : « Un contronyme est un mot qui a deux significations opposées, c’est-à-dire qu’un contronyme est son propre antonyme. Quel contronyme signifie à la fois « donner l’autorisation ou l’approbation officielle à » et « imposer une pénalité pour » ?
Ahhh… nous y voilà : en ce moment même, vous, le lecteur, et moi, l’écrivain, partageons un moment, et ce moment est tendu.
Cela vient du fait que, au moins pour quelques instants, je connais la réponse à cette question alors que vous, non. On appelle ça un déséquilibre de pouvoir. Pour corriger ce déséquilibre, vous avez plusieurs options : poser un instant ce livre et chercher la réponse correcte (imaginez la satisfaction que vous éprouverez) ; poser ce livre et ne plus jamais l’ouvrir (sifflements, huées); contourner tout cela et aller chercher sur Internet (attendez – pas le droit au Cloud).
La réponse est sanctionner. »

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