Trois fois la fin du monde de Sophie Divry
Les Éditions Noir sur Blanc, Notabilia, 235 pages

Je ne sais pas si Sophie Divry a lu « Le Mur invisible » de Marlen Haushofer (Traduit de l’allemand par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon) mais « Trois fois la fin du monde » en est indubitablement le calque, à notre époque et en France. Une version édulcorée et plus familière, qui ne tient hélas pas la comparaison. Hélas parce que j’aime beaucoup la plume de Sophie Divry et que je salue son renouvellement constant de genre et d’univers. Mais son Joseph Kamal peine à retenir notre attention le long de sa Robinsonade. Lorsque nous le rencontrons, il est incarcéré dans une prison qui fait froid dans le dos et en apprend les codes à la dure. C’est alors que se produit ce qui n’est jamais réellement expliqué (comme dans Le Mur Invisible), un accident nucléaire étrange qui ravage une partie seulement – peut-être – du Monde et qui laisse des survivants « immunisés ». Jo survit alors comme il peut, seul avec et dans la nature et quelques animaux. Il y perd évidemment la boule. Retrouvera-t-il une civilisation ? Le désire-t-il seulement ? C’est à la fois aussi simple et tout autant compliqué, parce que la vraie solitude, la survie quand on est aussi totalement livré à soi-même sans plus aucune des facilités modernes (eau courante, électricité etc.) mène à une forme de folie (et c’est là qu’on pense à Robinson seulement). Bien menée dans ce cadre précis, la narration alterne la prise de parole (entre la première personne et un observateur plus neutre) et demeure malheureusement à la surface des choses, quand Marlen Haushofer creusait dans l’essence philosophique.

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