Le couple idéal (enfin) d’Angéla Morelli
HarperCollins France (Harlequin) 2018, 280 pages

« Je fais le serment de ne plus boire une goutte d’alcool de ma vie.
– Vous dites ça, mais vous êtes française. Vous ne tiendrez jamais. »

Vous connaissez tous le phénomène : quand quelqu’un qu’on a connu (côtoyé, fréquenté) dans la vie écrit des livres, on ne peut pas les lire de manière détachée (impartiale, neutre). Même s’il s’agit d’un genre qu’on n’apprécie pas particulièrement. Je lis tout ce qu’écrit Angéla Morelli (qui sera toujours pour moi Fashion) et j’apprécie diversement. J’ai follement aimé le tout premier (« L’homme idéal (en mieux) ») parce que j’ai assisté (participé, un chouïa) à sa naissance, à sa construction. Et j’ai follement aimé ce dernier, parce qu’il est bon, objectivement.
Et puis peut-être aussi parce qu’il contient tout ce que j’aime.
Il y est question d’une libraire qui croise le fer avec un auteur de best-seller à travers les réseaux sociaux.
Il y est question des fans qui défendent leur auteur chéri (maladroitement, le plus souvent).
Il y est question de livres, plein, nommés, parfois commentés.
De blogs.
De chroniques.
On y sent le fantôme de Tom Hanks et de Meg Ryan.
On sent aussi ses yeux se remplir d’eau quand ceux de Clara se lèvent vers un ultime cadeau à la porte de sa librairie.
Avant ça on a ri, souri, ressenti la chaleur de l’amitié, retrouvé Emilie bien sûr, qui n’a pas changé.
On a poussé des portes ouvrant sur des cours intérieures splendides, pique-niqué sous le dôme de l’Observatoire, pris un Uber en pleine nuit pour aller à la pharmacie, on s’est promené longuement dans Le Père Lachaise et on a vérifié nos vaccins avant de changer d’arrondissement.
Bref, on a aimé Paris.
Accessoirement on a lu une romance, mais on ne s’en est pas aperçu, et c’est peut-être bien là que réside le véritable amour : il s’installe sans qu’on y prenne garde.

« L’autre jour, j’ai versé une larme en entendant Matt Pokora reprendre une chanson de Claude François à la radio.
– C’était une larme de désespoir. »


 

« Ne le prends pas mal, Maria, mais c’est quoi, une urgence à la bibliothèque ? Une rupture de stock de marque-pages ? »
L’homme idéal (EN MIEUX) 2013, 207 pages
« Raconte ! Je veux tout savoir. En commençant par le début. Où, quand, comment, et encore comment. 
– Dans sa cuisine, après le dîner, torride, j’ai failli m’évanouir.
(…)
– Pour de vrai ?
Emilie hocha la tête.
– Pour de vrai de vrai ? Comme dans une romance ?
– Je ne sais pas, je ne lis pas de romances. »
Mais ceci n’en est pas une, Emilie, ou en tout cas pas uniquement : ton auteur l’a très bien expliqué hier, tu es l’héroïne d’une comédie romantique.
« Mes questions ne sont jamais intrusives, protesta Emilie. Elles sont exhaustives, variées et profondes, et témoignent de l’intérêt que je te porte, c’est tout. »
C’est gentil, écoute, moi aussi je te porte un grand intérêt, j’ai un petit peu l’impression d’être une de tes marraines, depuis le temps que je te dissèque avec ta créatrice (et quelques autres). J’apprécie énormément ton petit monde, ton Paris, tes copines, ta fille, ton boulot de prof de lettres, tes références littéraires et cinématographiques (question cuisine, c’est plus simple : « J’ai préparé un repas italien. Ca vous va ? demanda-t-il, l’air soudain inquiet. – Parfaitement. J’ai une tendresse particulière pour la cuisine italienne.  Et chinoise. Et indienne. Et japonaise.« ), et puis évidemment ce Samuel qui déboule soudain dans ta vie au moment même où le père de ta fille tente le come back plein de regrets. Ah, Samuel… Peut-on décemment résister à un homme qui désigne Dickens comme son auteur préféré et « La maison d’Âpre-vent » comme son roman chéri ? Mais méfie-toi, Emilie. Quand tout se précipite ainsi il y a souvent aussi quelques embûches dans le lot, et même si tu m’as offert plusieurs gloussements hilares et que je sais que tu n’as peur de rien (franchement, il y a deux-trois scènes qui donnent chaud aux joues), j’ai quelques tendances à la surprotection et je sais déjà que je vais très mal prendre toute réserve ou réticence que ces millions (que dis-je, ces milliards !) de nouvelles lectrices pourraient oser émettre, scélérates en puissance. Mais j’ai confiance en même temps, je t’ai bien observée, ton charme, ta pertinence et ton humour absolument irrésistible sauront bien en mater parmi les plus coriaces, ou alors ce ne sera pas grave, on les aimait pas de toute façon. Longue vie, Emilie ! Puissent les fées des classements autobiographiques de bibliothèques t’octroyer des voisins sympas 🙂
Publicités