Maternité de Françoise Guérin
Albin Michel 2018, 466 pages

« Ce n’est pas toi.
C’est l’autre.
L’autre, pas toi.
L’autre est autre et toi… t’es toi.
Tais-toi. »

Clara est mariée à Frédéric. Elle est DAF (Directrice Financière), il est prof (de français). Elle, ce sont les chiffres, lui, les mots. Dès qu’on la rencontre, elle s’enorgueillit de son côté contrôle freak. Rassurée par la cohérence des choses (avant elle disait logique, mais cohérence la séduit plus), elle est assez imbuvable. Même carrément antipathique, en fait (limite trop : « femme de ménage, un accessoire de bureau qui revient à heures fixes, le temps d’accomplir une tâche subalterne »). Et puis Clara décide de devenir maman… Françoise Guérin, qui signe ici son premier roman non policier, est par ailleurs une autrice reconnue de nombreuses excellentes nouvelles et la créatrice de Lanester, rendu célèbre par son adaptation avec Richard Berry. Elle est également psychologue clinicienne et spécialiste du lien parent-bébé, c’est dire si elle sait de quoi elle parle dans ce roman. Car Clara ne suit pas le parcours « ordinaire » (elle qui travaille tellement fort à le paraître). Lorsque sa fille naît, cela déclenche un processus effrayant au possible de souvenirs irrépressibles et de comportements dérangeants. C’est un roman qui remue beaucoup, qui vient poser des mots sur des bribes de choses vécues par tout le monde, en tant que parent, enfant, conjoint ou simple témoin médusé parfois. Il exprime une grande souffrance et tout l’art de la romancière est de parvenir à nous faire reconsidérer l’héroïne malgré nous. Il serait tellement plus confortable de la catégoriser une fois pour toutes dans les cinglées et basta mais la vérité n’est jamais aussi tranchée. Tout se mêle enfin pour que notre empathie s’étende à l’ensemble des intervenants et ça fait mouche, sacrément. Assez éprouvant à lire (malgré des petites pépites de phrases qui constellent le texte, volontairement déjà bien aéré), ce roman est bouleversant.

Lire absolument le très beau billet de Cathulu.

 

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