Idaho d’Emily Ruskovich
Gallmeister 2018, 358 pages
Traduit de l’américain par Simon Baril
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C’est un premier roman et il est fulgurant.
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fulgurant, adjectif
1.
Qui jette une lueur vive et rapide.
Clarté fulgurante.
synonymes : brillant, éclatant
2.
Qui frappe vivement et soudainement l’esprit, l’imagination.
Idée, découverte fulgurante.
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Non seulement l’est-il, mais encore en exprime-t-il la définition même au coeur de son intrigue. Les personnages, le lecteur, les situations, tout et tous ne cessent d’être traversés par des éclairs de compréhension intuitive, ces instants hors du temps où l’on a l’impression de *tout* comprendre à *tout* sans être en mesure de spécifier, de trier, ces brefs passages où l’on se sent reliés à un sens cosmique hors de toute exaltation ou contexte. Très difficile à expliquer mais déjà vécu par tout le monde. L’histoire, pourtant, est d’une tristesse infinie et très vite on en ressent le poids et la douleur. On entre dans cet univers en faisant la connaissance d’Ann, qui vit les premières manifestations de la démence précoce de son mari (incroyables scènes où on comprend qu’il la maltraite en la « dressant » comme il le fait avec ses chiens). Lentement le focus s’élargit et on apprend que Wade, son mari, la cinquantaine tandis qu’elle est encore dans la trentaine, a eu un premier mariage tragique. Ann est obsédée par cette tragédie, elle traque jusqu’à une certaine forme de folie les traces de sa possible culpabilité à elle dans le drame qui s’est produit. Alors en alternant les époques Emily Ruskovich nous raconte l’amour sous ses multiples facettes, grattant jusqu’à l’os d’infimes détails et nous plongeant en immersion empathique d’une manière profondément originale. Lancinant et totalement impossible à lâcher, se réclamant de l’influence d’Alice Munro, ce roman est un ovni exceptionnel, qu’on quitte à regret et qui laisse de nombreuses questions inachevées.
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