La porte de cristal de NK Jemisin
Les livres de la Terre Fracturée 2.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michelle Charrier
J’ai lu Nouveaux Millénaires 2018, 434 pages

« Vous secouez la tête. « Arrête, Albâtre. A t’entendre, on dirait que la planète est réelle. Vivante. Consciente. Mais les histoires du Père Terre n’existent que pour expliquer ce qui ne va pas dans le monde. Comme les sectes bizarres dont on entend parler de temps en temps. Il y en a une dont les membres demandent tous les soirs à un vieillard dans le ciel de veiller sur eux, quand ils vont se coucher. Les gens ont besoin de croire que l’univers ne se limite pas à ce qu’il est. »
C’est-à-dire de la merde. Vous le savez maintenant, après la mort de deux de vos enfants et la destruction répétée de votre existence. Pourquoi s’imaginer la planète telle une force mauvaise, en quête de vengeance ? C’est juste un caillou. C’est juste la vie : horrible, brève, menant au néant – avec de la chance. »

Ma lecture du premier tome date de six mois et si c’est un laps de temps relativement court, le nombre de lectures qui se sont intercalées fait qu’en débutant ce deuxième tome je craignais de ne pas suffisamment me souvenir des détails, nombreux, pour affronter sereinement la suite. Mais s’il est inenvisageable d’aborder cette trilogie dans le désordre, point n’est-il besoin d’avoir en tête les choses très précisément, tant l’univers créé se suffit à lui-même. On s’intéresse à Essun, qui vit maintenant par la force des choses à Castrima, et à sa fille qui a elle aussi trouvé refuge dans un abri qui va lui apprendre beaucoup. Toutes deux détentrices d’un pouvoir leur attirant des ennemis très dangereux, elles apprennent à le maîtriser et surtout à le partager… Lente préparation à leurs retrouvailles qui s’annoncent explosives, ces quatre cent trente quatre pages se lisent à toute allure et brassent des thèmes qui vont bien au-delà du genre (pas très bien défini, par ailleurs; autant SF que Fantasy qu’écologie que psychologie que suspens !), et on comprend très bien l’obtention d’un deuxième prix Hugo. Transposable de bien des manières à nos vies très quotidiennes, le roman ne nous permet pas moins une évasion aussi bien dans le temps que dans l’espace. Tenter de se représenter une cité de cristal enterrée, des sangsues bouillantes et volantes, la perspective d’une famine sans issue, tout concourt à un sentiment d’urgence oppressant qui paradoxalement n’éteint jamais tout à fait la lueur d’espoir. Bien fichu, bien mené, bien traduit, ce deuxième tome appelle le troisième, vite, viiiiite !
L’indispensable avis d’Apophis.

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