Rien à voir avec l’amour de Claire Gallen (Rouergue 2018) 298 Pages

Une boite de nuit enfoncée dans un quartier industriel en déshérence. Il y a Samuel, le patron, et  Sandra, qui tient le vestiaire. Une quinzaine d’années plus tôt, elle est venue s’installer dans la région avec Rodolphe, son mari. Il y a eu un drame et Rodolphe est parti. Sandra est restée. Sous la coupe de Samuel, pense-t-on. Une relation toxique comme il en existe mille autres, un homme dans la peau, qui vous traite mal. Sauf que ce n’est pas si simple, et il faudra l’intégralité des quelques trois cent pages pour comprendre les rapports entre ce trio maudit… Il y a des romans comme ça dont on n’attend a priori pas grand chose, tant les bases semblent passablement usées. Et puis il y a la magie d’une écriture qui en a sous le pied, et qui installe son propos en nous évoquant Laurent Chalumeau (sans le guignolesque) et malgré soi, on visualise le sud de la France, la chaleur et le soleil qui crame tout. Alors lorsqu’au détour d’une page on se rend compte qu’on est au Havre, c’est un coup au coeur. D’abord parce que j’adore Le Havre, et parce que la ville existe sous la plume de Claire Gallen d’une manière contournée, par ce qu’elle a à offrir et sans jamais nommer concrètement les choses ou les quartiers. Ensuite parce la noirceur du propos y gagne une humidité qui accentue le côté poisseux de cette intrigue retorse. On change notre façon d’appréhender les personnages plusieurs fois au cours des pages, pour s’apercevoir qu’on a finalement plongé tout debout, sans décrocher, de la première à la dernière ligne. Très réussi.