J’apprends le français de Marie-France Etchegoin
JC Lattès 2018, 286 pages

« Ce sont des déracinés et pourtant ils m’ancrent. »

Un centre d’hébergement d’urgence dans un ancien lycée hôtelier. Marie-France Etchegoin y enseigne le français deux fois par semaine. Elle s’est lancée parce que c’était tout près de chez elle, comme on s’investit dans une bonne résolution de fin d’année, sans analyser plus que ça ses motivations. Les gens qu’elle a appris à connaître, la difficulté d’enseigner quand ce n’est pas son métier, ce que ça révèle de ses propres constructions mentales, tout a concouru à former une expérience hors du commun. C’est une chose d’avoir vaguement en tête les « bourbiers » des situations dramatiques hors de nos frontières, c’en est une tout autre de recevoir en pleine poire les impasses des gens qu’on côtoie. Réalités concrètes de la géopolitique contemporaine, merdier sans nom des politiques migratoires, indignité des structures françaises, tout est là. Et ça plombe. Le récit que nous offre Marie-France Etchegoin est salutaire et elle parvient à le rendre attachant. En choisissant de rester dans un registre oral, très vivant, elle rend un bel hommage à ces hommes dont elle a partagé une tranche de vie et se livre elle-même généreusement. A lire !

« Tu devrais savoir que le mot exil provient du latin exsilire, s’élancer hors, et qu’il a la même racine qu’exaltation. »

J’aime beaucoup sa conclusion : « L’accueil de l’étranger n’est pas une charité mais un échange. Il nous ouvre un monde dont nous n’avons pas idée. Il démultiplie nos points de vue, enrichit nos perceptions. Nous en tirons bénéfices. L’accueil, l’hospitalité, l’entraide, la solidarité, la fraternité, l’humanisme, peu importe comment on appelle ce geste ou ce mouvement de l’âme, peu importe qu’il procède d’une éthique, d’une croyance ou d’un heureux caractère, peu importe qu’il soit un engagement ou un passe-temps, plus nous serons nombreux à l’expérimenter, plus les barrières tomberont, plus les politiques s’infléchiront. »

C’est Cathulu qui m’a donné envie.