Explique-moi… Le racisme et l’intolérance de Louise Spilsbury et Hanane Kai (Nathan Jeunesse) Trad. (UK) Christine Liabeuf

C’est une collection destinée à expliquer aux plus jeunes – avec des mots justes, sans effrayer -, des concepts ardus desquels on a tendance à se détourner. Sont déjà parus un opus sur les réfugiés et les migrants, sur la pauvreté et la faim, en parution actuelle il y en a aussi un sur la guerre et le terrorisme et donc celui-ci, sur le racisme et l’intolérance. Je les ai tous lus mais ai décidé que les enfants auxquels je destine mes livres Jeunesse sont trop jeunes pour aborder ces thèmes, tout au moins de cette manière, sans le calque d’une histoire animalière ou d’un conte volontairement outré. Ou peut-être est-ce tout simplement moi qui ne me sens pas à la hauteur pour faire passer correctement le message. Je ferai une exception pour celui-ci qui me semble plus abordable et surtout peu anxiogène, car l’enfant est en mesure de se sentir puissamment acteur : il peut refuser que le racisme entre sans sa vie à lui, décider d’y faire barrage en ce qui le concerne. Préconisée à partir de 6 ans.


Tango a deux papas et pourquoi pas ? de Béatrice Boutignon (Le Baron Perché)

Au zoo de Central Park, à New York, s’est déroulée il y a quelques années une drôle d’histoire (vraie, donc) : deux manchots sont devenus inséparables. Quand l’un part se promener, l’autre est à ses côtés. Quand celui-ci va nager, celui-là plonge pour le retrouver. Ils se dandinent tous les deux de rocher en rocher sans jamais se quitter. C’est comme ça, et pourquoi pas ?  Ils s’appellent Roy et Silo, et ce sont deux mâles. Lorsqu’arrive la saison des amours, ils couvent comme n’importe quel autre couple de manchots. Seulement c’est un galet qu’ils couvent. Jusqu’à ce qu’un gardien remarque un oeuf dont personne ne pouvait s’occuper, un oeuf condamné si personne n’intervenait. Alors le gardien a confié cet oeuf à Roy et Silo. Il est devenu Tango, une ravissante petite femelle qui vit bien entourée de l’amour de ses deux papas.  C’est la vedette de la manchotière, parce que son histoire est particulière, les visiteurs se pressent pour l’apercevoir… Un album pour les amoureux des manchots bien sûr mais aussi, forcément, pour aborder le thème de l’homoparentalité, dès 5 ans. Le texte, très délicat, ne prend jamais position, veillant à rester dans la narration. Le dessin, assez neutre mais précis, rend bien la grande beauté de ces animaux si attachants.


Comment on fait les bébés ? de Cécile Jugla et Maud Riemann (Nathan)

« Comment on fait les bébés ? » A cette question inévitable on peut choisir de répondre avec poésie, simplicité, à l’aide d’une métaphore ou d’une comparaison, ou reporter la réponse à plus tard, « quand tu seras plus grand ». Pourtant, la meilleure réponse est toujours la plus simple, et la plus précise. Impossible avec ce Questions ? Réponses ! de faire un faux-pas, sous réserve que l’enfant ait au moins 5 ans et soit concerné (que maman attende un petit frère ou une petite soeur). Le côté technique du vocabulaire ou des explications est bien contrebalancé par le petit jeu de cherche et trouve et la double page finale explore les bébés des animaux de manière plus amusante.


Les émotions de Cécile Jugla et Caroline Modeste (Nathan)

Cette série des premières questions/réponses cible les enfants à partir de 3 ans, et cet opus consacré aux émotions est une parfaite première approche. Le propos en est très simplifié, on joue à toutes les pages, le graphisme est rond et le papier plastifié. De quoi permettre quelques manipulations sans précaution comme, par exemple, sous le coup de la colère ;o) J’avoue pour ma part une préférence pour l’imagier chez Fleurus.


Les dinosaures de Camille Moreau et Benjamin Bécue (Nathan)

21 questions pour découvrir les dinosaures, dès 3 ans. Avaient-ils des poils ? (non) A quoi ressemblait leur cri ? (On ne sait pas vraiment) Y avait-il beaucoup de dinosaures ? (oui)… Tout est évidemment détaillé et on apprend même (si on l’ignorait) (je l’ignorais) que certains de nos animaux actuels en sont des descendants directs. Les dinosaures n’ont donc pas vraiment disparu…


Si petit de Florian Pigé (HongFei)

Où nous suivons un petit girafon, qui est tout petit petit (ce qui lui permet de faire un tas de choses) mais qui pourtant ne recule devant rien (et qui adore faire de grosses bêtises). Lui est qui est si petit, il a besoin de l’aide des grands parfois, mais il sait aussi aider à son tour. Un album destiné aux plus jeunes (dès 9 mois) qui est un petit bijou, relié, en trois couleurs déclinées (les fameux noir, blanc et rouge visibles dès quelques jours par le bébé) (avec quelques petites touches de jaune). A noter que deux titres suivront dans l’année, venant constituer un triptyque hommage aux tout-petits.


Quand tu seras grand d’Emily Winfield Martin (éditions des éléphants) Trad. Ilona Meyer

Un album résolument rétro et vintage qui décline le regard d’un parent sur son enfant, racontant l’acceptation établie de ce qu’il deviendra. Énumérant les possibles, il assure qu’il l’aimera, dans tous les cas. Ce qu’on remarque tout de suite c’est le mélange : le narrateur est aussi bien un papa qu’une maman, et les enfant sont de tous les âges et de tous les coins de la Terre. Indifférenciation également au niveau des genres : un petit garçon joue à la dînette avec ses poupées, une petite fille combat l’injustice en super héroïne. Le texte est tout simple et dégage une grande tendresse. Un album pour dire que l’on s’aime, dès 2 ans.


Pas de géant d’Anaïs Lambert (éditions des éléphants)

Un album à offrir dès 3 ans pour aller à l’aventure dans le jardin : Un matin, un enfant enfile son bonnet (c’est bientôt le printemps, d’accord, mais il fait frisquet encore le matin !) et part à la découverte du monde. Ce qu’on pourrait croire banal ou habituel devient sous son regard combat féroce (entre deux coléoptères), course folle (et gluante) sous les feuilles ou encore monstres piquants à capturer (bogues de châtaignes); bref, mille et une découvertes jusqu’à ce qu’il soit traqué par un géant… Une ode à l’imaginaire qui enchante par ses tonalités de vert et son dessin résolument joyeux.


La Vérité sur les habitants des autres planètes de Julien Baer et Magali Le Huche (Les Fourmis Rouges)

C’est un peu facile de qualifier ce malicieux petit album d’ovni, mais enfin le terme s’applique : Julien Baer est au texte (frère d’Edouard – mon chouchou -, mais pas seulement) et Magali Le Huche (depuis que je m’intéresse à la littérature Jeunesse je vois son nom partout) aux illustrations, et leur duo est détonnant. Trait bleu sur fond très jaune, elle donne littéralement vie à la prose loufoque et le résultat est plutôt génial. L’espace a été exploré, de très loin là-bas à plus connu, et nombre de planètes sont habitées. Sur Sinopé, par exemple, il faut savoir que l’habitant est peu séduisant. Il ressemble à une carotte avec de grandes oreilles et de petites lunettes. C’est tout. En revanche, celui d’Algol est un cube à skis (ce qui est curieux car la température s’élève à 2570°C). Bref, à posséder absolument dans toute habitation de la Terre qui se respecte et à faire lire dès 5 ans et sans limite supérieure (je me le garde pour MOI).


1TEMPS d’Henri Meunier et Aurore Petit (Rouergue)

Préconisé dès 5 ans, cet album parle du temps. Un petit garçon est assis au bord de l’eau et s’apprête à laisser tomber un caillou dans l’eau. Le temps s’étire tout au long de l’album jusqu’au plouf final et mille questions sont posées, tandis qu’autour de lui tout passe rapidement; les saisons, les gens, les animaux, les avions. Depuis combien de temps l’étang est-il ici ? 60 minutes dans une heure, c’est toujours comme ça. Mais qui de la minute d’ennui ou de l’heure de jeu paraît la plus longue ? Une approche métaphysique qui tourne le tournis et séduit par son côté tout simple et ses couleurs vives.