Pour en finir avec mon sofa d’Hélèna Villovitch
Verticales 2018, 151 pages

Héléna Villlovitch a déjà eu mille vies mais en ce moment elle est critique littéraire (pour ELLE) (entre autres ?) et elle vient de réaliser un film, « SOFA » accessible sur UniversCiné, dont elle nous déroule le synopsis en introduction (ainsi que quelques photos au hasard des pages). Elle avait commencé à écrire un roman de pure fiction qui s’appelle « Gourou malgré moi» quand l’appel de « Pour en finir avec mon sofa » est intervenu et qui serait-elle pour refuser de répondre à un appel ? Loin d’être un journal de tournage (qui avait déjà été écrit avant que le film soit réalisé, par anticipation et surtout pure imagination), il tire son origine de sa lecture enchantée de « Parapluie » de Johan Sfar (même s’il ne contient aucun dessin) et nous déroule, thème après thème, quelques pépites de l’univers villovitchien dont je suis fan, décidément. Décalée mais précise, sa plume évoque avec bonheur une certaine élégance et on sent à chaque page son désir de nous inviter au partage, quand tant d’autres préfèrent faire briller leur ironie. Quoi de mieux pour se faire une idée que de lire un extrait ?

« Direction d’acteurs.
Une fois, j’ai rencontré Béatrice Dalle qui m’a révélé que Christophe Honoré était le meilleur directeur d’acteurs du monde.
J’ai immédiatement pensé que c’était formidable de le savoir, puisque ça m’évitait d’essayer de devenir quelque chose qui était hors de ma portée.
Avant de me mettre au boulot, j’ai quand même demandé à un ami qui est dans le métier comment il fallait diriger les acteurs. Il m’a répondu qu’il y avait deux manières.
Soit tu prends l’acteur à part avant de tourner la scène et tu lui racontes tout ce qu’il y a dans son personnage, autour de son personnage et à côté de son personnage; tu essayes de lui faire partager ce que tu penses, toi l’auteur, de l’état d’âme du personnage qui, un jour précis, se met en tête de surgir de derrière un poteau et de se diriger vers sa petite amie (qu’on ne voit pas encore bien sûr en ce moment puisqu’on la filmera en contrechamp) avec une intention bien particulière qui résume en quelque sorte ses sentiments profonds à l’égard de la petite amie en question, ainsi que son ressenti dans l’espace-temps particulier que représente la séquence à tourner.
Soit tu lui demandes de surgir de derrière le poteau et de marcher vers la caméra avec un air mystérieux.
Pour diriger les acteurs de Sofa, je me suis plutôt inspirée de la deuxième manière, mais j’y ai ajouté une touche personnelle.
J’ai parlé au poteau. »

Publicités