Un bon parti de Curtis Sittenfeld
Presses de la cité 2018, 538 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneiter

« On n’a jamais vu de meilleure réinterprétation de Jane Austen… » claironne le bandeau (et le New York Times apparemment) et notons les trois petits points, auxquels on peut prêter bien des sens. Une Liz Bennett américaine ? Cincinnati ? Journaliste pour une revue se nommant « Mascara » ? Tout ça n’est rien, en regard de ce que l’autrice lui fait dire. Je ne peux décemment pas révéler les meilleurs propos, mais quand vous les aurez lus, vous comprendrez qu’il y avait clairement de quoi recracher son café (phénomène certes fréquent mais toujours aussi problématique sur un clavier). Ah ça, de la réinterprétation, il y en a. C’est-à-dire même qu’en fait, en dehors d’une vague ressemblance avec l’intrigue de base d’Orgueil et préjugés, il n’y a rien en commun – et surtout pas l’élégance. Bingley héros d’une émission de téléréalité (affligé d’une incontinence lacrymale gênante), Darcy neurochirurgien (adepte du footing), Georgiana anorexique ou encore Charlotte obèse et que dire de la famille Bennett… Caricaturée puissance vingt mille. Les chapitres sont ultra courts et la progression de l’intrigue… étrange. Pourtant, une Austenerie reste une austenerie et celle-ci a de l’abattage. Les premières pages sont inconfortables, les dialogues ne prennent pas, on craint le pire, et lorsqu’il se produit, paradoxalement, on rit. A partir de là on s’amuse vraiment beaucoup avant que le soufflé ne retombe sur un épilogue pas très bien ficelé mais le fait est que les cinq cent pages se sont envolées sans qu’on y prenne garde et ça reste significatif. A tenter en mettant de côté toute pudibonderie.

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