My Absolute Darling de Gabriel Tallent
Gallmeister 2018, 454 pages
Traduit de l’américain par Laura Derajinski

Sacrée enfance que celle de Julia Alveston. Une cabane au fond des bois, déjà pas banal, mais surtout un père totalement ravagé – et on n’imagine pas à quel point. Elle s’adresse à elle-même comme Turtle, son père l’appelle Croquette – les deux emploient également indifféremment « connasse ». Tous les matins, après avoir gobé des oeufs crus et lancé une bière à son père, Turtle lui dit qu’il n’est pas obligé de l’accompagner jusqu’à l’arrêt du bus scolaire. Il dit qu’il sait. Puis l’y accompagne. Et Turtle entame sa journée au lycée. Elle a quatorze ans, l’âge où la puberté s’en mêle. Son père n’a pas l’intention de regarder les choses changer. Turtle, elle, n’a aucune idée de qui elle est, au fond. Adolescente étrange et asociale (on le serait à moins), elle rencontre Jacob, un esprit brillant et détaché… Un premier roman dérangeant au possible qu’on n’envisage pas un seul instant de lâcher et pourtant, quelle souffrance. Il y a plusieurs scènes d’une douleur tellement suffocante que j’en ai eu la nausée (physique). On n’en revient pas de la succession d’horreurs qui s’accumulent, c’est excessif, de toute évidence, mais pire, c’est crédible. On ne peut pas laisser Turtle subir sa vie toute seule, sans nous, alors on l’accompagne page après page, comme sous un sortilège. La plume est envoûtante, tout en rupture de rythme. En confidence, on est très soulagé quand ça s’arrête, quand même. On vient de lire un texte qui ne ressemble à aucun autre. Ouf, quel morceau !

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