Marx et la poupée de Maryam Madjidi
Le Nouvel Attila 2017, 202 pages

Goncourt du premier roman 2017, encensé par la presse, adoré sur les blogs, chaleureusement recommandé par les libraires, le premier roman de Maryam Madjidi n’est pas passé inaperçu sauf en ce qui me concerne : inconnu au bataillon. La première fois que j’en ai vraiment entendu parler c’est lorsqu’on m’a présenté le Prix Hors Champ, et clairement c’était l’outsider. Evacué en deux mots polis (poétique, frais), il faisait pâle figure à côté du chouchou, « La fonte des glaces » de Joёl Baqué, dont on m’a parlé longuement avec gourmandise et des étoiles plein les yeux. Ce dernier m’est tombé des mains, impossible d’accrocher aux digressions permanentes, réticence maximale en ce qui concerne le côté fable, j’ai jeté l’éponge après une cinquantaine de pages, dépitée de ne pas retrouver la plume rencontrée dans « La mer c’est rien du tout ». J’ai ouvert le dernier roman de la sélection par pur sens du devoir, sans autre attente que d’en venir au bout, me répétant l’antienne habituelle, tu le sais pourtant que tu n’arrives pas à lire sur commande, arrête définitivement avec les prix littéraires les jurys tout ça, la liberté que diable marre à la fin. Et puis j’ai rencontré Maryam. Celle qui est née trois fois. Qui pleure encore ses jouets offerts sous la contrainte, qui me donne faim à minuit et demi avec du Ghormeh Sabzi ou du Kale Gonjishki, Maryam la française qui célèbre le persan, l’iranienne qui rencontre sa langue maternelle boiteuse sur un banc parisien. J’ai adoré, conquise par la forme (des éclats qui s’enchaînent sans se suivre forcément) et le fond (l’exil et ses vicissitudes), en passant par la joie de l’enfance, séduite par le charme puissant.
C’est mon vote pour le Prix Hors Champ !

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