BettieBook de Frédéric Ciriez
Verticales 2018, 189 pages

« Tu lis Le Monde des livres ? » Elle dit : « Non, je l’habite, lol. » Il dit : « Pardon ? » Elle dit : « Ben oui, j’habite le nouveau monde des livres. Pas l’ancien où tu travailles. » Il pense : « Tu vas le payer. » »

Nous sommes en 2021 et tout va bien. Bon, Norman est mort mais il a eu des funérailles nationales, Le Monde des livres existe toujours et la cohabitation des booktubeuses et de la presse écrite en est toujours aux balbutiements (en France). Chargé par ce supplément littéraire d’écrire un papier sur le phénomène (et c’est là la première ironie du roman, à mon sens, cette manière qu’a la presse papier de perpétuellement découvrir des mouvements en place depuis des années), Stéphane Sorge, critique littéraire expérimenté (tirant un peu la langue) (même beaucoup), rencontre BettieBook, 30 000 abonnés…
Découpé en quatre parties très distinctes selon l’acronyme M.I.C.E.(« Money – Ideology – Compromise – Ego ». L’argent, l’idéologie, la compromission et l’ego, dans le milieu de l’espionnage), le roman décline la confrontation de ces deux visions aux antipodes de la littérature en s’offrant le luxe d’un suspens servi par une narration qui se renouvelle à chaque séquence. Constellé d’une inventivité réjouissante (mention spéciale à la déposition de Claro, une pépite !), il étonne et dérange tour à tour, tant le mélange entre la fiction et la réalité est homogène. C’est un texte impossible à classer et bien difficile à évoquer, tant déflorer l’intrigue me semblerait porter atteinte au plaisir de lecture; c’est parce qu’on ne sait pas où on va que chaque avancée est aussi explosive. A la fois lucide, désenchanté et férocement drôle, « BettieBook », malgré un long passage qui m’a moins plu, m’a éblouie.

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