Je ne suis pas une héroïne de Nicolas Fargues
P.O.L. 2018, 263 pages

Ne demandez pas à Géralde *d’où elle vient* et *si ce sont ses vrais cheveux*, elle n’en peut plus de ces deux questions. Bonnes études (littéraires), parisienne, jolie, tout juste trente ans, sur le papier elle a tout pour elle. Oui mais voilà Géralde s’ennuie dans un job précaire et ne connaît que des histoires d’amour minables. Sur une impulsion, elle accepte de rejoindre le dernier en date en Nouvelle-Zélande, avec un visa d’un an… Pari réussi pour Nicolas Fargues qui s’était lancé quatre défis en écrivant ce roman : se mettre dans la peau d’une femme jeune et noire en la rendant sympathique. Ce dernier point surtout pouvait sembler problématique pour cet auteur souvent accusé de ne pas aimer ses personnages, et autant le dire, ça part plutôt mal : les premières pages nous montrent une Géralde coupeuse de cheveux en quatre, je n’étais pas sûre du tout de continuer ma lecture si ça continuait dans cette veine. Mais en fait il y a plusieurs surprises dans ce roman et assez vite on y est : Géralde est non seulement sympathique mais aussi attendrissante, l’histoire d’amour fonctionne aux petits oignons (j’ai tellement pensé à François Busnel pour le personnage d’Hadrien !) et parcourir la Nouvelle-Zélande est un grand plaisir. La cerise sur le gâteau est la profondeur des réflexions qui sous-tendent l’intrigue, au sujet des relations inter-culturelles évidemment mais pas seulement, et loin de là. A la fois tendre et mordant, ce douzième roman de Nicolas Fargues est surtout intelligent, et ça fait du bien.

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