Ceux d’ici de Jonathan Dee
Plon, collection Feux croisés, 2018, 348 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peellaert

« Tout, chez lui, puait la grande ville. Il ne cherchait pas à tromper son monde (…) mais les gens de Manhattan semblaient surtout mus par la conviction erronée que leur vie était la seule réelle, importante, la seule influente, que les autres, les provinciaux, vivaient déconnectés de la réalité. Alors que c’était tout le contraire : sur terre, aucune espèce n’était plus déconnectée qu’un New-yorkais. Des insulaires qui payaient un studio un million de dollars et passaient leurs journées à créer des programmes informatiques pour s’échanger des choses qui n’existaient pas – des gens réels, ça ? »

Le roman débute le 12 septembre 2001 à New-York, tandis qu’un petit malfrat s’agace de ne pouvoir joindre son avocat, désireux qu’il est de témoigner dans une arnaque qu’il a subie. Il rencontre Mark, lui aussi victime de cette arnaque, et dans l’ambiance sidérante du jour d’après l’escroque. De retour chez lui, à Howland, petite ville du Massachusetts, Mark bénéficie en quelque sorte d’avoir été présent à NY le 11 septembre. Son mariage, qui battait sérieusement de l’aile, retrouve une accalmie et d’une manière générale les gens se sont inquiétés pour lui. Débute alors la chronique de Howland, à travers la famille de Mark… En dehors des deux textes débutant et terminant le roman, qui constituent des histoires annexes (avec Mark en fil rouge), les trois cent pages consacrées à la vie quotidienne à Howland sont un petit bijou d’observation sociale et sociétale, une étude ethnologique brillante qui ne cesse de nous éblouir par son acuité. S’y imbriquent les Amériques d’hier et d’aujourd’hui, au travers de personnages férocement bien croqués et très attachants. Un grand plaisir de lecture !

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