L’Aventuriste de J. Bradford Hipps
Belfond 2018, 344 pages
Traduit de l’américain par Jérôme Schmidt

« Peu importe quelle fiction nous nous racontons, c’est toujours celle, américaine, de l’éthique du travail qui se déroule devant nos yeux. »

Henry Hurt a réussi sa carrière. Directeur technique dans une boite d’informatique, il a choisi de vivre au soleil, dans le sud des Etats-Unis, loin de son état natal bien plus glacial. Sa mère est morte il y a presque un an, sa soeur est repartie vivre avec son père qui semble décliner rapidement. Ils ont toujours été très proches mais ne se comprennent pas sur leurs choix de vie, elle pense qu’il se fourvoie dans le Grand Capital et il estime que son boulot humanitairo-éthique est un leurre. Célibataire, la quarantaine, il est tombé amoureux de sa collègue du marketing, mariée, et ne parvient pas à décrocher. C’est au moment où sa société connaît des difficultés que tout se détraque lentement également sans sa vie… C’est un premier roman et il est étonnant. Décortiquant des petits riens, il tisse une trame dans laquelle on s’identifie complètement tout en s’échappant ponctuellement dans des envolées comiques ou au contraire existentielles saisissantes. Avec de gros accents tragiques il nous absorbe dans son atmosphère piégeuse et nous laisse le coeur gros une fois la dernière page tournée. Beaucoup aimé !

« Il y a quelque temps, j’ai découvert que certains visages font naître une pressante envie de les claquer. Cette pulsion n’a que peu à voir avec la personnalité; c’est une réaction purement physiognomonique. Chez Barry, c’est le lobe de ses oreilles, légèrement bombé, et ses lèvres particulièrement humides… Que les choses soient bien claires, je ne souhaite de mal à personne, et surtout pas à Barry. Il suinte les bonnes intentions. Mais, disons que si j’avais pu modéliser son visage en néoprène et le dessiner en glaçage sur un gâteau, j’aurais pris grand plaisir à l’écraser. »


« (…) Un train quitte sans coup férir une gare au nom imaginaire avec ses vitres ouvertes; si la fréquence du chant du criquet s’approche mais ne dépasse pas la vélocité de la première pomme de Newton, à quelle distance se situe la lune ? (…) »

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