Une question de temps de Samuel W. Gailey (Gallmeister) Trad. Laura Derajinski

A 15 ans, Alice a vécu un drame. Sur la route depuis six ans, elle s’enfonce lentement mais sûrement dans le pire : de petits boulots merdiques en alcoolisme impossible à gérer, sa fugue la détruit. Alors quand elle « tombe » sur une grosse somme d’argent, elle l’embarque et s’enfuit de nouveau. Mais le propriétaire ne l’entend pas de cette oreille… C’est un roman paradoxal dans le sens où je l’ai trouvé très stéréotypé mais pourtant impossible à lâcher. C’est gros, parfois même lourd, mais ça fonctionne et on le lit d’une traite.


La mise à nu de Jean-Philippe Blondel (Buchet*Chastel)

Le double auto-fictif de l’auteur s’appelle cette fois Louis. Toujours prof d’anglais dans une petite ville de province, il s’approche de la retraite, a divorcé, ses filles ont quitté le nid. Seul, donc. Vieillissant (l’auteur prend ici quelques années d’avance). Mais pas battu pour autant. Toujours habité par cette nonchalance un rien distanciée, le coeur et l’esprit grands ouverts pour observer : les autres, lui, le monde, la vie. Un soir, lors d’un vernissage (ni son truc ni son habitude), il se rapproche de l’artiste, un ancien élève. Cette relation va bousculer sa routine…

« Il arrive un jour où vos enfants ne peuvent plus être vos interlocuteurs privilégiés. Trop d’enjeux. Trop d’angoisses. De frustrations accumulées. D’amour maladroitement exprimé. »

Un roman réussi, qui distille un suspens adroit, en équilibre sur le doute. Emaillé de réflexions qui parleront à tous les quinquas, il déroule sa petite mélodie un peu douloureuse (mais pas trop).


Les grandes marées de Jim Lynch  (Gallmeister, collection Totem) Trad. Jean Esch

Parution en poche (Totem) pour ce très beau roman d’initiation en quelque sorte (pas tout à fait) qui nous détaille l’été des quatorze ans de Miles, adolescent singulier s’il en est. Insomniaque, trop petit pour son âge, passionné par la baie dans laquelle il vit, éminent spécialiste de la faune et de la flore marine, meilleur ami d’une vieille dame et en pinçant pour son ex baby-sitter, Miles nous prend dans ses filets et on l’écouterait sans fin. Un petit parfum de catastrophe qui plane, une poésie tranquille qui fait mouche.


Le mystère Croatoan de José Carlos Somoza (Actes Sud) Trad. espagnol Marianne Millon


Deux ans après sa mort, un célèbre ethnologue se rappelle au souvenir d’une poignée de ses proches par l’envoi de messages qu’il avait programmés. La nature, au même moment, semble devenir totalement folle… Après un bon début, énigmatique et troublant, Somoza verse dans l’horreur pure et n’hésite pas à multiplier les scènes gores. On décroche au fur et à mesure, avec un épilogue peu satisfaisant.


Une vie comme les autres d’Hanya Yanagihara ( Buchet-Chastel) Trad. USA Emmanuelle Ertel

C’est un gros pavé bien dense de plus de huit cent pages, que j’ai fini par détester littéralement et pour lequel j’ai jeté l’éponge après avoir bataillé pendant plus de cinq cent pages. Décrit comme le renouveau du grand roman épique américain, il s’agit en réalité d’un mélo incroyablement larmoyant qui ne nous épargne rien. Je l’ai trouvé complaisant et insupportable.


Dans la combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne (Dargaud)

De sa naissance à son retour sur Terre après sa mission de six mois dans l’ISS, Marion Montaigne décrypte Thomas Pesquet, et ça déménage. Drôle (mention spéciale à l’entraînement WC en apesanteur), passionnante, prenante, vibrante, cette BD a tout bon, à faire lire à absolument tout le monde.


Cette nuit de Joachim Schnerf (Zulma)

Monologue de Salomon, rescapé des camps, le matin de Pessah. Son épouse est décédée récemment, ce sera la première fois qu’il célèbrera la Pâque juive sans elle. Il anticipe chaque étape de ce rendez-vous familial, et ce faisant nous raconte sa famille… C’est un roman touchant d’une grande délicatesse. Court et dense, il réussit à rendre son univers parfaitement tangible, et très actuel, avec un humour discret et une grande tendresse. Plutôt triste, cependant.


 

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