Les oiseaux morts de l’Amérique de Christian Garcin
Actes Sud, 2018, 216 pages

Hoyt Stapleton est un rescapé de la guerre du Vietnam. Il cohabite avec deux autres vétérans (Irak, Afghanistan) dans les canalisations autour de Las Vegas. Traumatisés, laissés pour compte par la société de consommation portée à son paroxysme à Las Vegas, ils vivent au jour-le-jour, chacun entouré par ses petites habitudes. Hoyt, le plus âgé, est un fervent lecteur de poésie et voyage dans le temps. Ce dernier n’étant pas physiquement au point, c’est mentalement qu’il a d’abord visité de nombreux futurs (tous sombres), avant d’explorer son enfance. A sa grande surprise, il met au jour des évènements dont il avait perdu tout souvenir et bientôt se produisent des sortes de télescopages entre les trames de l’espace-temps…
Je ne connais pas l’oeuvre de Christian Garcin mais j’imagine qu’on trouve dans ce roman ce qui doit la traverser livre après livre : d’abord il parle d’ailleurs, de tous les ailleurs. On est ici en Amérique mais ce que vivent Hoyt et ses comparses se décline aisément et on se glisse dans cette ambiance comme victime d’un envoûtement, presque surpris de se sentir ainsi soumis à l’avidité de savoir.
Le registre n’est pas celui de la Science-fiction et Hoyt est avant tout quelqu’un de profondément désenchanté. Néanmoins tout concourt à maintenir un doute et on frétille de joie avec les petites pierres qui s’amoncellent peu à peu, paradoxe de Fermi après mondes parallèles, le tout fermement ancré dans des voies d’évacuation d’eau et des losers si attachants.
Un roman très juste et très touchant.

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