La fille sur la photo de Karine Reysset
Flammarion 2017, 293 pages

« La maison est à cinq minutes à pied de la mer. Sans doute aurait-il fallu l’avoir en permanence sous les yeux. Seuls les cris des goélands me rappelaient que l’intérêt de vivre ici se situait à cinq cent mètres de chez nous. Nous venions d’entrer dans la mauvaise saison, et ce fut celle de trop. Je ne supportais plus les rues désertées, les restaurants et les cafés fermés une bonne partie de novembre et de janvier. Même le jour, j’avais parfois l’impression qu’il faisait nuit. Ça avait été une fausse bonne idée de s’installer ici. A la fin, la mer, le vent incessant, la pluie semblaient contre moi. »

La fille sur la photo c’est Anna. La photo a été prise au temps où ils formaient une famille. Depuis, Anna est partie. Serge l’appelle au secours parce que Garance, adolescente, va très mal. Serge n’a jamais été le mari d’Anna, c’était son compagnon, un très célèbre réalisateur, de presque vingt ans son aîné. Quand elle en est tombée amoureuse elle a pris le package, il avait trois enfants, elle a vécu avec eux. Elle a assuré les quotidiens, tous les détails pratiques, elle était dans l’ombre. Ça lui convenait bien. Ils sont partis s’installer en bord de mer. Elle a écrit des romans. Mais la vedette c’était Serge. Un hiver, elle a tout plaqué, son départ a ressemblé à une fuite. Elle nous raconte… Ce septième roman de Karine Reysset exsude la mélancolie (voire la désolation) et maintient ce cap sans fléchir, distillant des petits perles çà-et-là (un regard adulte sur une mère défaillante, une sincère interrogation sur le statut de romancière quand c’est son compagnon qui rencontre le succès, le désir de vivre en bord de mer et la manière dont on en revient, la place donnée au beau-parent dans une famille recomposée…), mais oeuvre lentement en même temps à faire naître l’espoir. Un espoir fragile, ténu, mais perceptible, et qui entraîne le lecteur dans un mouvement qui s’allège au fil des pages. Un roman qui m’a semblé vivant, abouti, et j’apprécie toujours quand d’autres romans sont cités (« Bord de mer » de Véronique Olmi ou « Lucy in the Sky » de Pete Fromm, entre autres).

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