The Diary of a Bookseller de Shaun Bythell
Profile Books ltd 2017, 310 pages

Ainsi débute ce journal « intime » :

« There is a stereotype of the impatient, intolerant, antisocial proprietor – played so perfectly by Dylan Moran in Black Books – and it seems (on the hole) to be true. There are exceptions of course, and many booksellers do not conform to this type. Sadly, I do. »

Vous vous souvenez du plaisir que j’ai à relire le blog de Corinne, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre-ci, déniché à Dover alors que j’attendais qu’il soit l’heure pour le ferry (après avoir testé toutes les façons possibles d’aller en Angleterre je vous le dis : la plus agréable reste et demeure le ferry). C’est le journal (pas très) intime de Shaun Bythell, qui tient depuis 2001 une grande librairie de livres d’occasions dans un petit village pittoresque écossais. Tout est vrai, la librairie existe, Shaun aussi :

et donc forcément Wigtown également. Wigtwon, à travers la chronique qu’en fait Shaun Bythell, a un petit air de paradis sur terre. L’Ecosse hors des clichés (et donc parfaitement en phase avec nombre d’entre eux), un village où beaucoup (sinon tous) se connaissent, de nombreuses activités culturelles (dont un festival mondialement réputé), plein de librairies, des rivières, du poisson, des randonnées, des châteaux, du whisky, de la bière, des pubs et heu, pas mal de pluie. Donc Shaun a racheté cette grande librairie en 2001 et depuis, sans relâche, il lutte pour la maintenir à flot. Son quotidien (9h-17 h pour les heures d’ouverture, du lundi au samedi) est fait de livres à aller racheter (donc se déplacer, trier sommairement les livres, voir ce qu’il pense pouvoir revendre, l’estimer, payer, empaqueter, emporter, transporter, déballer, nettoyer éventuellement – voire remettre en état -, attribuer un prix, coder informatiquement, éventuellement mettre en vente en ligne, ranger sur les étagères), de présence à la boutique (les affaires étant ce qu’elles sont, il n’a plus qu’une employée à temps partiel, l’inénarrable Nicky – personnage s’il en est), et pendant le festival de pompier de service (consistant à aider partout, tout le temps, pour n’importe quoi). Il propose à la vente différentes petites choses supplémentaires, allant du bâton de marche fait main par un client très habitué aux meubles qu’il récupère dans des ventes aux enchères, il a également créé un club de lecture par courrier (l’ancêtre des « box » tellement à la mode en ce moment). Il nous raconte avec beaucoup de sincérité et un joli brin de plume comment Amazon continue à tuer lentement mais sûrement le marché du livre (y compris d’occasion), ce que c’est que de vivre littéralement dans les livres (nous parlant de certains occasionnellement), combien usent les interactions tellement répétitives avec certains clients. Tenu de février 2014 à février 2015, le journal se termine par un épilogue qui nous donne des nouvelles de tout le petit monde évoqué entre ses pages et je me suis sentie tellement triste que ce soit fini que j’ai foncé dépiauter la page Facebook (toujours active). En regardant (en riant tellement !) les vidéos de Nicky ou la fameuse « Readers’ Delight », j’avais l’impression de voir des personnages de roman sortir des pages, c’était extrêmement troublant (un côté magique !). Un document qui immerge son lecteur dans son sujet sans jamais l’idéaliser (au contraire) mais qui sait à merveille partager sa passion et qui m’a énormément plu.

« Really bookish people are a rarity, although there are vast numbers of those who consider themselves to be such. The latter are particularly easy to identify – often they will introduce themselves when they enter the shop as ‘book people’ and insist on telling you that ‘we love books’. They’ll wear T-shirts or carry bags with slogans explaining exactly how much they think they adore books, but the surest means of identifying them is that they never, ever buy books. »

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